La titulaire de la chaire Humanités et Santé au Conservatoire national des arts et métiers est l'invité d'Eric Delvaux pour discuter de la crise à l'hôpital et la mobilisation de des internes de médecine.

Autrice de plusieurs ouvrages sur le système de soins en France, Cynthia Fleury revient sur la crise du secteur des soins qui agite la France depuis plusieurs mois, du côté des soignants comme des soignés.

Les "gilets jaunes" isolés : "Ça se voit sur les rond-points, les dos cassés, les jambes qui font mal"

Elle décrit avoir vu le manque de soins sur le visage des "gilets jaunes" comme la marque d'une grande injustice : "C'est flagrant quand on se balade. C'est peut-être moins flagrant dans les villes, parce qu'en ville, la vigueur et la symbolique des mouvements sociaux passe devant. Mais ça se voit sur les ronds-points, face aux petits collectifs, aux individus, aux dos cassés, aux jambes qui font mal."

"Ils se disent 'je ne suis pas un objet de soins, de toutes façons je n'ai pas l'argent, c'est trop loin.' Il y a un côté 'je suis invisible', et finalement, ils font des arbitrages inacceptables, on choisit entre la santé de son enfant et la sienne. C'était assez flagrant", constate Cynthia Fleury.

"On a appliqué la division du travail aux soins"

La philosophe, titulaire de la chaire Humanités et Santé au Conservatoire national des arts et métiers, regrette que l'on ait "appliqué la division du travail aux soins, sauf que le soin est indivisible". Et lorsqu'une médecine n'écoute plus, "c'est dramatique, pas nécessairement voulu mais le temps manque. Quand vous n'écoutez pas votre patient, vous avez une augmentation des erreurs de diagnostic absolue.

Grève des internes : "Ils sont laissés seuls, totalement démunis"

Alors que les internes des hôpitaux appellent à la grève mardi 17, Cynthia Fleury rappelle que ce ne sont "que" des étudiants, qui sont souvent laissés seuls aux commandes. "Qu'ils soient sollicités pour être formés, évidemment. Mais qu'ils soient laissés seuls dans les services, totalement démunis, non. Les chefs de service ne sont pas là parce qu'ils ne peuvent pas être là."

"Il y a tout un système qui fonctionne avec des trous dans la raquette, sauf que c'est la vie des patients qui est en jeu. Leur vie, mais aussi un sentiment de confiance. Or pour moi, l'hôpital est censé être le dernier bastion de confiance institutionnelle."

  • Quelques références :

Les internes des hôpitaux ne doivent plus “en baver”, une tribune parue dans Le Monde en début de semaine.

Le soin est un humanisme, de Cynthia Fleury, paru dans la collection Tracts de Gallimard.

  • Légende du visuel principal: Cynthia Fleury, invitée du Grand entretien le 15 décembre 2019 © Radio France / France Inter
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