Le psychiatre et le moine bouddhiste et philosophe sont les invités de Pierre Weill pour leur nouveau livre, co-écrit avec Alexandre Jollien et publié aux éditions de l'Iconoclaste, "Abécédaire de la sagesse".

 Illustration du livre de Christophe André, psychiatre, psychothérapeute et Matthieu Ricard, moine bouddhiste et philosophe "Abécédaire de la sagesse" (l'Iconoclaste).
Illustration du livre de Christophe André, psychiatre, psychothérapeute et Matthieu Ricard, moine bouddhiste et philosophe "Abécédaire de la sagesse" (l'Iconoclaste). © Getty / huePhotography

L'Abécédaire de la sagesse que publient Matthieu Ricard et Christophe André, avec Alexandre Jollien, met en valeur un outil précieux en temps de crise, selon eux : "En temps d’incertitude, c’est le moment ou jamais de prendre conscience de notre humanité commune. Et la sagesse, ce n’est pas quelque chose d’éthéré, c’est au contraire extrêmement pragmatique, puisque ça mène à être au plus proche de la réalité pour avoir une parole juste, une pensée juste". 

"La sagesse est un outil extrêmement précieux, c’est le discernement qui doit accompagner la bienveillance pour ne pas qu’elle soit aveugle".

"Toutes les crises sont en réalité des dévoilements, des rappels à l’ordre du réel", ajoute Christophe André. "Cette crise nous aura ouvert les yeux sur notre fragilité en tant que personnes, en tant que société. La sagesse, c’est un outil qui va améliorer toutes nos capacités (…). Elle nous aide à davantage de paix intérieure mais aussi à davantage de lucidité", dit-il, tout en précisant que la sagesse ne doit pas conduire à gesticuler, mais à se tourner vers l'action. 

Selon les deux hommes, la peur est l'émotion la plus archaïque, car "on la retrouve à tous les échelons du vivant", explique Christophe André. "Tous les organismes manifestent des réactions de fuite ou d’évitement de ce qui les menace. Cette émotion très forte reste présente à notre esprit quoi qu’il arrive est tente de prendre le contrôle sur notre jugement, sur notre regard sur le monde. Vaincre ses peurs, c’est sans doute le pas le plus important pour regagner en liberté, intérieure comme extérieure".

"La peur est la mère de toutes les émotions douloureuses, de toutes les afflictions"

A l'inverse, selon Matthieu Ricard, "le mal absolu est un mythe". Il explique que "personne ne fait le mal simplement pour faire le mal, à part quelques psychopathes. Il y a toujours des circonstances. Cela permet d’étudier les causes et les conditions qui mènent peu à peu à un génocide, à un massacre, à la discrimination". 

Quant au fanatisme religieux, il est "forcément une déviation" selon lui : "C’est catastrophique, que les religions servent comme des drapeaux de ralliement pour diviser les êtres. On n’a jamais entendu parler d’une religion dont le premier prédicament serait d’éprouver de la haine", dit-il, disant par ailleurs être surpris par le fait que "tous les grands chefs religieux ne disent pas, sans la moindre ambiguïté, qu’il est inadmissible de tuer une personne pour quelque raison que ce soit. Ce devrait être dit clair, haut, fort, net, de sorte que personne ne puisse prendre comme excuse la religion pour commettre des atrocités".

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