"J'ai voulu ramener de la nuance, de la complexité sur un sujet difficile et délicat", explique la romancière Karine Tuil, Goncourt des lycéens et prix Interallié pour "Les choses humaines" (Gallimard). Ce 11e roman raconte une histoire de viol et met le lecteur dans la peau d'un juré de cour d'assises.

Avec ce prix, "on découvre à quel point notre jeunesse est vivante et riche", a raconté la romancière Karine Tuil, invitée de France Inter dimanche matin. Elle a reçu cette semaine le Prix Goncourt des lycéens et le Prix Interallié pour son 11e roman, "Les choses humaines" (Gallimard). Son livre raconte une affaire de viol qui parle aussi de domination, des faux-semblants et du culte de la performance. "À chaque fois, nous avons abordé les sujets avec une totale liberté de ton, eu de vrais échanges avec des questions très profondes et sans doute c'est ce qui leur a plu", estime-t-elle.  

"Ce qui m'a donné envie de travailler sur ce sujet c'est un fait divers à l'Université Stanford : un procès opposait un jeune étudiant et une jeune femme présente sur le campus lors d'une soirée et qui l'a accusé de l'avoir agressée sexuellement. Il a été condamné à six mois de prison dont trois fermes et une vague d'indignation aux Etats-Unis. C'est ce point de départ qui m'a donné envie d'explorer ce sujet, d'aller aux Assises pour assister à des procès pour viol, bien avant #MeToo", explique la romancière.  

"À tout moment un être humain peut basculer du mauvais côté : je l'ai vu très souvent aux Assises, même si on a des valeurs", poursuit Karine Tuil, qui se dit "impressionnée" par "la rigueur avec laquelle les présidents de cour d'assises interrogent les accusés, les témoins, les experts, à quel point ils prennent en considération la souffrance de la victime".

"Les réseaux sociaux ont permis la libération de la parole. Tout d'un coup les femmes ont dit ce qu'elles subissent, les agressions sexuelles mais aussi les comportements inappropriés, les indélicatesses, la misogynie. Mais il y a eu des excès, on a assisté à un déchaînement du tribunal médiatique qui a voulu se substituer à la justice et ça c'est problématique", raconte-t-elle en évoquant le procès Tron qu'elle a suivi.  

  • Légende du visuel principal: Portrait à Paris, le 20 septembre 2019, de Karine Tuil auteure de : "Les choses humaines", paru chez Gallimard et qui a remporté le Prix Goncourt des lycéens et le Prix Interallié 2019. © AFP / JOEL SAGET
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