"Quels que soient les progrès, on n'en a pas fini avec la différence des sexes" estime l'historienne et militante féministe Michelle Perrot, invitée d'Inter pour son anthologie, "Le chemin des femmes" parue aux éditions Robert Laffont. "Je suis très Judith Butler et queer... même si j'en ai pas l'air", raconte-t-elle.

Elle est l'une des pionnières du genre : elle a travaillé sur l'histoire sociale des femmes, des ouvriers, des exclus, des "invisibles" dans la ligne droite de la pensée de Simone de Beauvoir. Elle est venue au micro d'Eric Delvaux pour son anthologie, Le chemin des femmes parue aux éditions Robert Laffont. Plus d'un millier de pages qui lui ont donnée le vertige, mais pourquoi ? "Le vertige, oui, je n'aurais jamais imaginé, conçu que je pourrais rentrer dans un bouquin, qui est une belle collection. Mais en même temps, j'ai le sentiment ambigu que c'est la sortie. Quand on y entre, c'est quand on n'est pas loin de la sortie. J'ai encore quelques années devant moi, mais bon, pas tant que ça. Mais il ne faut pas bouder son plaisir : après tout ça m'est donné, ça m'est proposé, je prends !"

Il y a néanmoins peu de places pour les femmes dans cette anthologie, qu'est-ce que cela dit de leur place au sein de la littérature française, demande Eric Delvaux. "Elles sont peu nombreuses, car elles sont peu nombreuses dans le réel aussi. Il y a évidemment moins d'écrivaines, que d'écrivains, et moins d'historiennes que d'historiens. Mais cela change, et cela change vite. Mais cela se reflète dans le livre."

Michelle Perrot fait partie de ces femmes à avoir passé des concours exclusivement féminin. Elle est diplômée d'une agrégation féminine d'histoire-géographie. À l'époque, cela ne choquait personne, même pas elle ? "Je trouvais ça désagréable à vrai dire."

Pour une raison très simple, c'est que ces messieurs passaient leur oral à la Sorbonne et nous, les filles, on le passait au lycée Victor Duruy. Personne ne venait nous voir car ce n'était pas du tout important.

"Alors qu'il y avait un spectacle formidable pour ces messieurs, et que le jury était présidé par Fernand Braudel. Alors que nous, c'était un obscur inspirateur général, dont j'ai oublié le nom. On sentait bien qu'on était mineures."

Plus tard, Michelle Perrot a eu pour professeure Benoîte Groult au cours Bossuet, mais que disait-elle sur la domination masculine ? "Rien du tout, elle était une jolie jeune femme. Les professeures étaient des religieuses."

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  • Légende du visuel principal: Michelle Perrot © AFP / Miguel MEDINA
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  • BERTRAND BELIN & BARBARA CARLOTTILentement2019
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