Economiste et haut-fonctionnaire, Jacques Attali est l'invité d'Eric Delvaux pour la parution de son "Histoire des médias" aux éditions Fayard.

Pour Jacques Attali, l’âge d’or de la presse, de la radio et de la télévision commence peu après la Seconde Guerre Mondiale, pour s’achever au début des années 2000. “Chacun des médias a cru que l’autre allait le tuer, et ça n’a pas été le cas. La presse a eu très peur de la radio : les journaux radio du matin, pendant très longtemps, étaient interdits ! On disait à la radio : allez lire votre quotidien. Puis on s’est rendu compte que l’un et l’autre s’enrichissaient. La radio et la télévision ont ensuite vécu une période de croissance extrême, comme la presse.”

Depuis, tout a été bouleversé. “Aujourd’hui, c’est le Japon qui est le premier pays au monde pour la presse écrite : il n’y a plus un seul journal européen dans les dix premiers quotidiens mondiaux, et un seul journal américain.”

"Il y a deux acteurs essentiels dans la défense du “vrai” : les journalistes et le monde universitaire"

Jacques Attali estime qu’Internet a vu le développement de la manipulation de masse. “Dans les réseaux sociaux, elle se manifeste par le fait qu’ils peuvent donner des informations à peu près gratuitement, ce qui rend très difficile de maintenir des journaux papier qui rémunèrent correctement des journalistes. Je crois que la clé de notre avenir, c’est la protection de la vérité. Et il y a deux acteurs essentiels dans la défense du “vrai” : les journalistes et le monde universitaire.”

“En même temps, même si l’on peut voir d’immenses dangers, il y a quand même des éléments qui permettent de rester optimistes", reconnait-il. "Il y a 7 ou 8 milliards de personnes sur Terre qui ont de plus en plus de connaissances, de savoir, qui ont envie de lire, de comprendre, qui sont intéressés par la vérité. Il y a une demande de vrai.”

Pour lui, “les réseaux sociaux sont des machines à broyer la presse". D'abord parce qu'ils "lui volent sa publicité, au point que la presse écrite n’a plus d’avenir possible avec elle. Internet peut devenir complémentaire des autres médias, mais à condition qu’il y ait des régulations qui sont loin d’être imaginables encore aujourd’hui.”

  • Légende du visuel principal: Jacques Attali © Radio France / Vincent Josse
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