Fondateur de EELV en France, ancien député européen, le patron historique des Verts désormais retiré de la politique commente l'actualité en tant que chroniqueur. Les écolos en France, les enjeux de la Cop21 : Daniel Cohn-Bendit répond à Patrick Cohen.

Vous n’avez plus de mandat, vous êtes toujours passionné ou lassé ?

Lassé par les jeux politique mais passionné par l’évolution du monde.

Pourquoi ça va mal ?

Ça va mal parce qu’on paie les erreurs des années. Sur les réfugiés, l’Europe a fermé les yeux. On avait réduit les dotations pour l’UNHCR cet été, tout le monde le savait. Il n’y avait plus rien à manger dans les camps donc ils vont là où il y a à manger.

Est-ce que vous pensez que Merkel a sauvé l’honneur de l’Europe fin août ?

Oui elle a sauvé l’honneur de la politique. Après Fukushima elle a arrêté le nucléaire. Sur les réfugiés, après avoir rencontré une petite réfugiée dont le père allait se faire virer d’Allemagne elle a dit ce n’est pas possible. Elle pensait que tout le monde allait la suivre. Ce n’est pas le cas. C’est ignoble.

Elle a évoqué les valeurs de l’Europe : « si on ferme nos frontières ce n’est plus l’Europe ». Comment ça se fait ?

A l’Assemblée nationale ils ont dit : on va accueillir 24 000 réfugiés en deux ans. Mais 24 000 c’est ce qui est arrivé en Allemagne en un weekend ! La France, c’est le pays des droits de l’Homme. L’Allemagne le symbole de l’humanisme, c’est le monde à l’envers.

Ça ne va pas en Allemagne, il y a des gens qui brûlent les camps de réfugiés.

Si une fois j’ai le temps, je vous raconterai la conférence d’Evian en 1938. Il fallait répartir 500 000 juifs d’Allemagne. On a fait des quotas. On n’a pas dit « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais on ne peut pas accueillir tous les juifs du monde ». Et il y a des tas de juifs qui n’ont pas pu sortir de Pologne, d’Allemagne.

La France, comment expliquez-vous cette forme de polarisation du débat public sur le débat identitaire ?

Il y a un livre extraordinaire que tous ces intellos, les Finkielkraut, les Debray : il faudrait lire Amartya Sen : « Identité et violence ». Il dit si on repart que sur des questions identitaires on part sur la violence car l’identité c’est l’exclusion d’autrui.

La France change, elle n’est pas menacée. L’Allemagne change, heureusement qu’elle a changé !

Les poussées nationalistes sont dans toute l’Europe. C’est un phénomène généralisé. Sur l’identité, quand Monsieur Onfray dit : je comprends le peuple car ma mère était femme de ménage. C'est idiot, c’est d’un déterminisme déplorable !

Onfray vient de la gauche !

Le grand clivage aujourd’hui, ce n’est plus gauche/droite mais souverainisme/ouverture au monde. Ce n’est pas par hasard si Philippot vient de chez Chevènement. Beaucoup de souverainistes le disent. Il faut en tirer les conséquences politiques.

Ceux qui sont le plus fort chez les souverainistes c’est le Front National. Ceux qui défendent le souverainisme sont derrière le FN. Sur les réfugiés je ne comprends pas ces gens de gauche, qu’ils ne montent pas au créneau et disent : « il faut les accueillir ». C’est difficile mais que faire !

"S’il y a une primaire à gauche, je suis prêt à réfléchir à me présenter"

(Auditeur) Hollande s’apprête à lancer la COP 21. Quel sens sachant qu’on va se lancer dans la construction de Notre Dame des Landes ? On utilise la violence, les médias ?

Le gouvernement est dans une contradiction totale. Je ne comprends pas quelle idée machiavélique à 3 semaines des régionales de lancer NDDL. Ca n’a aucun sens. Royal a raison, ce projet n’a aucun sens. Hollande doit discuter avec Royal.

J’ai un copain, le réalisateur Romain Goupil qui a une idée géniale : on fait un grand centre d’accueil à NDDL aux normes européennes. On ne construira pas d’aéroport et Calais sera soulagé.

(Auditeur) L’écologie est de gauche ou de droite ?

Dire l’écologie est de gauche, ça ne veut rien dire. L’écologie est une réponse à l’économie de la production, aussi bien à droite qu’à gauche. Les écologistes se sont enfermés dans une case trop à gauche. D’autres personnalités comme Nicolas Hulot ne se sont pas enfermées dans cette case.

L’évolution de Nicolas Hulot ne vient pas contredire votre discours ? Ses mesures sont très anti-libérales. Il faut lutter contre la financiarisation de l’économie.

Ce n’est pas simplement de gauche. Aujourd’hui il y a une dérive néo-libérale de l’économie. Sen est un libéral mais pour une régulation de la mondialisation. Dans « Osons » il dit il faut aussi s’attaquer aux dérives de l’économie et on peut être d’une droite censée et penser la même chose.

Ça va mieux avec Cécile Duflot ?

On peut discuter avec les gens, mais je ne vais pas rentrer au bercail.

Moi c’est fini. Je ne suis pas Juppé. S’il faut un candidat pour 2017 c’est Nicolas Hulot. De la manière dont il parle, c’est une autre musique. S’il se mobilise, je suis prêt à me mobiliser pour lui.

Une autre musique stoppée net en 2012.

Il y a eu des erreurs, notamment de ma part.

Si François Hollande veut se représenter, qu’il fasse une primaire. S’il y a une primaire à gauche, je suis prêt à réfléchir à me présenter. J’ai en tête que c’est une possibilité réelle d’y aller. Aux primaires et pas à la présidentielle. Si Hollande veut avoir une chance de remobiliser il a besoin d’une primaire.

(Christophe Madrol, candidat écologiste en PACA) – La division de la gauche en PACA comme dans le NPDC. S’il faut se retirer ?

C’est la vie, c’est les conséquences d’une réalité politique qui dure. C’est comme pour le problème des réfugiés. Gorbatchev disait : « quand on arrive trop tard l’Histoire vous punit ».

Oui c’est bien possible que la gauche, et ça fera mal, doive se désister pour Estrosi pour que la jeune Le Pen se désiste.

Je finis un bouquin pour dire que même si c’est Sarko contre Le Pen, et bien je serai pour Sarko.

Le pire pour la France serait une victoire de Marine Le Pen. Le pire pour les régions serait une victoire du FN. J’aurais aimé pouvoir choisir entre une droite intelligente et une gauche intelligente. Mais ce n’est pas le cas.

Marine Le Pen en 2017 ?

Ce n'est pas probable mais c'est possible. Il y a deux ans je vous aurais dit : elle peut pas gagner. Aujourd'hui, je ne peux pas être aussi simpliste.

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