En 1964, la France a les yeux rivés sur le navigateur qui remporte contre toute attente, à bord du célèbre Pen Duick II, la Transat anglaise. Retour sur le parcours de ce Nantais hissé au rang de héros...

Le navigateur Éric Tabarly accueilli à son arrivée à Newport, Rhode Island, le 18 juin 1964 alors qu'il franchit la ligne d'arrivée de la course transatlantique Plymouth-Newport avec le Pen Duick II.
Le navigateur Éric Tabarly accueilli à son arrivée à Newport, Rhode Island, le 18 juin 1964 alors qu'il franchit la ligne d'arrivée de la course transatlantique Plymouth-Newport avec le Pen Duick II. © AFP / STRINGER

Quelques heures avant qu'il ne surgisse des flots, Eric Tabarly déplorait que la France tourne le dos à la mer, car avant 1964, plus personne ou presque ne se souvenait que nous étions aussi une grande nation maritime. Ainsi, par ses victoires dans les courses les plus prestigieuses, Tabarly a réactivé le goût du large et il a relancé à lui tout seul la pratique de la voile et a donné naissance à toute une génération d'immenses skippeurs qui ont conquis tous les océans. Tabarly, c'est une certaine idée de la France sur les mers. 

Une paire de bottes bleues avec un liseré blanc, un pantalon en coton rouge et un pull de marin bleu marine, Tabarly s'était confectionné sa propre panoplie. Il est le navigateur-officier qui a redoré à lui tout seul le blason de la Marine nationale, souillé par l'amiral Darlan, chef du premier gouvernement Pétain. Dans La Tempête, Shakespeare fait dire à Prospero que nous sommes de l'étoffe dont sont faits nos rêves. Son étoffe à lui était une voile. Tabarly, une icône révélée au monde du jour au lendemain, le 18 juin, comme fait exprès.

Eric Tabarly en 1964, après son arrivée à Newport aux Etats-Unis : "Il y a d'abord les gardiens du bateau-feu de Nantucket qui sont venus près de moi et ils m'ont dit que j'étais le premier. Mais je me suis dit qu'ils n'avaient pas bien compris ma question. J'y croyais pas trop quand même. Mais c'est vraiment que quand les premières vedettes sont arrivées à ma rencontre qu'ils m'ont dit vraiment que j'étais premier. (Speaker :) Quel était votre sentiment à ce moment-là ? (Tabarly :) Ah bah, j'étais content."

Un homme taiseux, mais démonstratif

Benoît Heimermann est le premier à évoquer ses souvenirs du navigateur au micro de Philippe Collin. Ils explorent notamment le côté taciturne du navigateur, bien plus profond qu'il n'y paraissait. 

Justement, toujours cette propension à ne pas s'exprimer, à ne pas dire grand chose et pourtant, à parler avec son corps et sa poignée de main. 

"C'était quelque chose, Tabarly, et ça me rappelait ce mot de Léon-Paul Fargue, à propos de Saint-Exupéry : "quand on serrait la main de Saint-Exupéry, c'était déjà une épreuve". Et franchement, Tabarly, c'était un peu ça aussi". Le journaliste raconte que Tabarly montrait plus qu'il ne parlait : ses équipiers ont beaucoup appris de lui en le regardant faire, plutôt qu'en l'écoutant. Le navigateur montrait l'exemple, sans donner d'ordres. 

Benoît Heimermann raconte sa visite chez Tabarly, un jour : "Il se trouve que j'avais loué une voiture pour aller chez lui. Et que cette voiture ne redémarrait pas. Donc, évidemment, manuel comme je suis, j'étais prêt à téléphoner au loueur. Et Tabarly, qui avait ses deux pouces dans la ceinture, a enlevé ses deux pouces de sa ceinture, remonté sa chemise et ouvert le capot et dit "on va trouver la solution". Et effectivement, il a trouvé la solution. Son discours, c'était d'abord ses gestes". 

Un homme à la croisée des chemins

Pierre Bazantay, écrivain, revient sur la figure de Tabarly dans l'imaginaire collectif : "il représentait quelque chose de très important à un moment très fort de l'histoire, non seulement de l'histoire de la navigation, mais aussi du sport et peut-être de notre histoire collective. Il arrivait justement dans cet après-guerre où l'on cherchait à re-symboliser un peu la France et sa grandeur un peu perdue. Un peu écornée, en tout cas". 

Le navigateur est donc devenu un symbole français historique, mais a laissé une empreinte forte dans l'histoire de la navigation française, car comme l'explique l'écrivain, il n'y avait pas de grands défis maritimes français à l'époque. Pas de grandes courses, comme les Anglais ont pu les inventer avec la Transat anglais notamment, lancée par deux personnages "étonnants" Sir Francis Chichester et Blondie Hasler : "Ils s'étaient lancé un pari fou : traverser l'Atlantique d'est en ouest contre les vents dominants, avec un matériel adapté plus ou moins, disons, à la situation. Et c'est le défi que va relever Tabarly. Il va se lancer dans cette course, en innovant, ça va être justement sa marque". 

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Avec Pierre Bazantay, auteur de Tabarly aux éditions François Bourrin, et Benoît Heimermann, journaliste sportif, éditeur et écrivain.

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