Son nom signifie à lui seul toute une partie de l'histoire américaine. Mohamed Ali, son temps, son style, son œuvre sont dans l’œil du Tigre ce soir.

Le boxeur Mohamed Ali ( Cassius Clay) pendant un combat au Sports Arena le 15 novembre 1962 à Los Angeles, Californie.
Le boxeur Mohamed Ali ( Cassius Clay) pendant un combat au Sports Arena le 15 novembre 1962 à Los Angeles, Californie. © Getty / Stanley Weston

Cassius Clay, devenu Mohamed Ali, boxeur légendaire, boxeur insoumis, icône populaire mort en 2016, quelques mois seulement avant l'élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. Aujourd'hui en 2020, alors que ce mandat présidentiel chaotique touche à sa fin, le fantôme de Mohamed Ali hante l'Amérique et il n'est pas impossible que son spectre s'invite dans cette nouvelle campagne électorale qu'on devine déjà virulente et pugilistique. Deux Amérique face à face, deux visions du monde sur le ring. 

Pour évoquer le grand boxeur, nous recevons :

  • la journaliste, essayiste et romancière Judith Perrignon qui a fait paraître en novembre "L'insoumis" chez Grasset en coédition avec France Culture (Réécoutez et podcastez La Grande Traversée de Mohamed Ali de Judith Perrignon sur France Culture)
  • l'historien spécialiste des USA Pap Ndiaye. 

Extraits de l'émission

  • Mohamed Ali, du pantin au champion politisé 

Le journaliste américain Robert Lipsyste dit de Mohamed Ali : 

Je crois qu'il a en effet été un pantin pendant de nombreuses années.

"Il était sous l'emprise d'Elijah Muhammad. N'oubliez pas qu'on parle de quelqu'un qui avait à peine fini le lycée. On lui avait plus ou moins donné le bac en récompense de sa victoire aux Golden Gloves. Il était illettré, ignorant. Depuis qu'il avait 12 ans, il ne vivait que pour la boxe. Il a mis du temps à s'ouvrir au monde et à le comprendre... Bien des années plus tard, il m'a dit qu'il regrettait d'avoir rompu avec Malcolm et qu'il était resté trop longtemps sous l'emprise de la Nation of Islam. C'est quelque chose qui me fascinait chez lui , cette capacité à mûrir et a changer"

Pap Ndiaye : "Les grandes mobilisations orchestrées par Martin Luther King ont lieu depuis 1956 et le boycott des bus de Montgomery en 1964. En juillet 1964, ce sera la loi qui interdit la ségrégation dans le sud des Etats-Unis. Et en août 1965, un an et demi après, la possibilité à nouveau pour les Africains-Américains de voter ce qu'ils ne pouvaient plus faire depuis la fin du XIXe siècle. Donc, on peut dire qu'à ce moment là, la question des droits civiques des Noirs américains fait la une de l'actualité. Ce qui ne veut pas dire que les grands sportifs se mobilisent de façon évidente : le monde du sport est plutôt prudent sur ces questions. Jackie Robinson, par exemple, est en retrait, sans parler de Jessie Owens. Et donc, évidemment, l'irruption politique de Mohamed Ali au début des années 1960 va doublement compter".

Judith Perrignon : "Mohamed Ali crée autre chose, une espèce de fierté, une espèce de "Black is Beautiful". Il a déjà fait la une des journaux sans avoir rien gagné parce qu'il écrit des poèmes. Il parle avant même d'être champion."

  • Pourquoi change-t-il de nom, passant de Cassius Clay à Mohamed Ali ? 

Judith Perrignon explique : "C'est Elijah Muhammad qui annonce à la radio depuis Chicago, le siège de Nation of Islam, qu'il rebaptise Cassius Clay" (puisque chaque esclave afro-américain à l'époque, a souvent son patronyme hérité du maître qui régnait sur les plantations ; Cassius Clay tenait donc son patronyme du sénateur Clay, du Kentucky, a possédé sa famille, ses ancêtres.Donc devenir Mohamed Ali, avec ce que ce prénom et ce nom signifient dans l'ordre musulman, c'est lui donner une toute autre histoire, c'est effacer l'héritage de l'esclavage et renaître". 

C'est le nom d'un homme libre et fier

Pap Ndiaye :"Ce qu'il représente, au fond, c'est bien au-delà de son art, la boxe (qu'il porte à un niveau extraordinaire), peut-être même au-delà du monde noir américain. Il représente comme une forme de diaspora africaine, l'ensemble des peuples qui, à ce moment là, sortent de la colonisation. On est aussi, au début de l'indépendance de pays aussi prestigieux comme le Ghana de Nkrumah, avec les perspectives panafricaine qui sont les siennes à ce moment là. On est aussi au début des années 1960, dans une époque où l'Afrique n'est pas encore tombée dans la crise politique et économique des années 1970 : il y a encore un grand espoir de changer le monde." 

Mohamed Ali porte un grand espoir de façon extrêmement brillante, à la fois par ses poings (il révolutionne la boxe aussi d'un point de vue technique) et par son verbe.

  • Le match du siècle : Mohamed Ali contre George Foreman à Kinshasa, en 1974

Pap Ndiaye :

C'est presque un match pénible, je dirais.

Il dure longtemps, jusqu'au K.O. de Foreman. Mais Ali prend des coups puisque sa stratégie consiste à se laisser frapper en étant acculé dans les cordes jusqu'à ce que Foreman s'épuise. Mais ça, ça veut dire évidemment prendre des coups comme un boxeur n'en a peut être jamais pris. Il est d'une violence inouïe

Foreman est connu pour un crochet du gauche qui fait des trous dans les sacs d'entraînement. 

Et c'est ça que Ali prend pendant des round et des round, avant que Foreman s'épuise et que Ali contre attaque."

Judith Perrignon : "Au fond, son médecin commence à se demander s'il n'est pas déjà atteint de Parkinson, les premiers troubles apparaissent dans les années 1970. Et là, on est en 1974"

Pap Ndiaye : "Beaucoup d'Afroaméricains ont le sentiment de faire partie d'une grande Histoire, c'est à dire d'avoir souffert à travers des épreuves effroyables, l'esclavage, la ségrégation, mais d'avoir en même temps construit une histoire de résistance avec des moments extraordinaires de gloire, des héros, et finalement, une fierté évidente."

Mohamed Ali est un héros du monde noir.  

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