L'écrivain et ancien journaliste Jean Hatzfeld vient de faire paraître chez Gallimard "Deux mètres dix" un roman époustouflant qui suit quatre sportifs de haut niveau évoluant au milieu de la guerre froide et des déportations dans le bloc soviétique. Il est notre invité ce soir.

Rocky Balboa représentant les USA, frappant Ivan Drago, champion de boxe de l'URSS, scène du film "Rocky IV" en 1985.
Rocky Balboa représentant les USA, frappant Ivan Drago, champion de boxe de l'URSS, scène du film "Rocky IV" en 1985. © Getty / United Artists

Les personnages américains ou kirghizes, deux haltérophiles et deux sauteuses en hauteur sont au centre du livre de Jean Hatzfeld. Nous suivons leur parcours et leur univers, entre Sport et Histoire

Avec nous également, Sylvain Dufraisse, agrégé d'histoire, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de cette époque.

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La saga Rocky fait partie des grands moments de rencontre entre le sport (la boxe) et le cinéma. Sur le ring du quatrième épisode, l'URSS défie les USA au son de "Living In America", chanson de James Brown, incarnation du rêve américain.

Nous sommes en 1985, en pleine guerre froide. Un an plus tôt, les Etats-Unis ont triomphé lors des JO de Los Angeles après le boycott de l'édition précédente à Moscou. Carl Lewis, l'athlète couvert d'or est le symbole des années Reagan. Au sommet des charts, c'est une version écorchée du récit national qui se distingue avec Born in The USA de Bruce Springsteen.

Dans la fiction imaginée et réalisée par Sylvester Stallone, le boxeur Ivan Drago (joué par Dolph Lundgren) représente le bloc de l'Est et vient aux Etats-Unis affronter Apollo Creed, le meilleur ami de Rocky Balboa. Avant le match, c'est un show à l'américaine : on y voit James Brown débarquer devant le ring et entonner Living In America, hymne à la gloire des USA face un public multiracial et joyeux. Le roi de la funk et de la soul assure le spectacle devant des drapeaux, des paillettes, des plumes et des danseuses. La scène de 5 minutes est grandiose, démesurée, voire caricaturale au point de montrer un Rocky quelque peu incrédule : c'est un sentiment de puissance et de supériorité qu'expriment les américains alors que le boxeur russe, insensible et qui ne sourit jamais, apparaît tel un lapin dans les phares d'une voiture. Ivan Drago s'avère finalement être une véritable machine à tuer, un sportif déshumanisé et dopé, bénéficiant des dernières technologies pour ses entraînements. Apollo Creed danse, la bannière étoilée sur les épaules, harangue un public conquis, ignorant le destin funeste qui l'attend dans ce combat.

Trois décennies plus tard, cette scène mise en musique à l'époque où les clips et MTV envahissent le paysage audiovisuel, est le témoin d'une époque révolue : l'opposition de deux blocs, l'axe du bien contre l'axe du mal. Si la conquête de l'espace connaît ses dernières années de rivalité (la navette spatiale Challenger explosera en 1986), cette rivalité s'exacerbe alors dans le sport, notamment en hockey sur glace et en basketball. Le film Rocky IV aura eu le mérite de nous donner à voir une photographie pop instantanée et romancée, à défaut d'être critique, de cette période de l'histoire.

JUKEBOX : "Living In America"

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