Nous allons découvrir aujourd’hui que le métier d’explorateur n’est pas de tout repos.

Avec l’album « la chasse au gorille » ou « N’est pas Lord Dickinson qui veut… » Ed Kaléidoscope. Dès 5 ans.

Ouvrons donc le journal de Lord Dickinson un glorieux aventurier de la fin du 19° siècle pour qui l’Afrique est encore un continent sauvage et plein de dangers. Notre Lord commence son récit un brin pompeusement il faut le dire…

« Ma mission est de capturer un gorille et de le ramener vivant. Je dédie mon histoire à la science et à sa postérité. »

Rien que ça ! Le major Stanford, aussi grand que Dickinson est petit, l’accompagne dans son aventure, il doit photographier les exploits de son patron.

« Nous pénétrons dans la redoutable forêt vierge. Tapis dans l’ombre de féroces animaux nous observent. »

Rien que ça ! Menteur ! sur l’image nous voyons bien qu’ils sont entourés d’une grenouille, d’un caméléon, de papillons et d’un curieux mandrill. Continuons…

Nous sommes attaqués par les Pygmées. Ils sont des êtres d’une inhospitalité légendaire, des cruels guerriers assoiffés de sang et mangeurs d’hommes.

Ce journal de bord n’est qu’un ramassis de fadaises. En fait au lieu des croquer les étrangers tout crus, les hommes de la forêt les accueillent avec des chants et des danses, leur offrent un dîner pittoresque et même les invitent à partager une veillée autour d’un feu.

Mais la mission continue :

Nous nous trouvons nez à nez avec un gorille. Un monstre.

Mensonges encore : le pauvre gorille n’est qu’un bébé curieux et inoffensif. Le major Stanford fait des photos et Dickinson l’enferme dans une cage. Ah ! il est beau, l’exploit !…

Ce que les deux britanniques n’ont pas prévu, c’est que la mère du gorille leur tombe dessus, bien décidée à récupérer son bébé. Quelle furie !

Lord Dickinson qui veut toujours rester un héros écrit dans son journal de bord :

A cet instant une profonde lassitude, soudain, m’étreint. J’en ai assez de mon métier : je veux devenir naturaliste, étudier les animaux, il n’y a rien de plus beau. »

En fait Dickinson est en mauvaise posture… Maman gorille est prête à les faire passer de vie à trépas quand des alliés inattendus sortent les deux nigauds de leur mauvaise posture…L’aventure se termine dans un éclat de rire… surtout pour bébé gorille qui a bien rit.

Les lecteurs aussi vont se délecter de cet album tout en décalage. D’une part, les images tout en mouvement montrent les vraies mésaventures des explorateurs. D’autre part, le texte du journal de bord, tout en retenue et en flegme, qui vante le soi-disant courage des britanniques. Grand écart qui fera toucher de près les ressorts de l’humour chez les petits lecteurs. Je vous recommande donc cette grande bouffée d’air frais et d’aventure…

Mine de rien, cet album ouvre aussi une page du colonialisme où on rit du colon explorateur sûr de lui.

Nous ne quittons pas le continent africain mais cette fois-ci nous allons rencontrer un enfant d’aujourd’hui avec un magnifique l’album :

Omotou, guerrier masaï. de Michel Piquemal, Bruno Pilorget et Ousmane Sow. Publié aux éditions L’Elan vert. Dès 7 ans.

Au village de Sékou, il y a bien longtemps que l’école est fermée : la maitresse a fui devant la guerre et les enfants traînent leurs journées au bord du fleuve ou dans les rues.

« De temps à autre, passent des bandes de soldats qui raflent ce qui reste dans les greniers. Malheur à ceux qui osent s’y opposer. Sékou le sait, son père en a perdu la vie. »

Le jeune garçon vit désormais avec Fatimata sa mère. Et quand il n’y a plus grand-chose à se mettre dans le ventre, Sékou laisse son esprit vagabonder en regardant les nuages : il y voit d’étranges personnages qu’il s’amuse ensuite à reproduire en modelant l’argile du marigot. Sa sculpture préférée, c’est un guerrier, masaï comme lui, fort et puissant qu’il appelle Omotou.

« Quand Sékou tient son guerrier dans ses bras, il se sent invisible. Omotou, chante Sékou, Omotou, guerrier masaï plus fort que tout. »

Et c’est sûrement vrai qu’il protège de tout, ce guerrier, car lorsqu’un après-midi, des soldats ont envahi le village, Sékou a levé son homme fétiche devant lui et les militaires ont fui, comme si ils avaient vu le diable. Hélas, ils ont eu le temps d’incendier le village avant de partir. Quand il rentre à sa maison, Sékou ne retrouve plus trace de sa mère. Son oncle lui assure qu’elle a dû fuir au-delà de la frontière… et qu’ils doivent la rejoindre...

« Et tout le jour, toute la nuit, Sékou et les villageois marchent sans manger ni boire. Mais Sékou a Omotou contre sa poitrine. Il sait que rien de mal ne peut lui arriver. »

La troupe rejoint un camp de réfugiés de toiles blanches : là, Sékou se restaure mais dès le lendemain, le jeune garçon quitte le camp pour trouver sa mère coûte que coûte. Son guerrier masaï sous le bras, il entame une marche à travers le désert, seul… au milieu des bêtes sauvages de la savane.

Alors, vous vous le comprenez, cette histoire est au cœur d’une aventure artistique. Nous comprendrons vite au-delà de cette histoire de guerre, de populations déplacées, de vies bouleversées, que les œuvres artistiques offrent une protection contre l’ignorance, la violence, la bêtise des hommes. A travers cette fiction, le petit lecteur aura l’occasion de pénétrer l’univers d’un artiste, ici il fera connaissance avec le sculpteur Ousmane Sow. Comme Sékou qui modèle des statuettes, Ousmane Sow le sculpteur a façonné une série de grands personnages, des hommes masaï, des hommes qui n’ont jamais abandonné leurs traditions. A la fin de l’album aux couleurs chaudes et porteuses d’espoir, quelques pages dressent un portrait de cet artiste. Ses sculptures monumentales sont présentes dans le monde entier, de Washington à Genève et aussi plus près de nous, à Angers, où un guerrier debout veille sur la place Anquetil. Cet album de la collection « Pont des arts » dont nous vous avons déjà présenté des ouvrages, ici, dans l’as-tu lu mon p’tit loup, construisent un pont entre fiction et réalité pour faire entrer les enfants dans des œuvres. Et c’est une vraie réussite.

Omotou, guerrier masaï. De Michel Piquemal et Bruno Pilorget avec la participation d’Ousmane Sow. Publié aux éditions L’Elan vert. Dès 7 ans.

Omotou, guerrier masaï

une très belle histoire qui se passe aussi en Afrique sur l’histoire d’un jeune garçon masaï dont le village a été détruit par des soldats.

Il s’agit de cette collection qui mêle des œuvres d’art à des fictions. Ca ne me gêne pas que ces deux albums se situent en Afrique, l’un est plus dans la fiction et humour du début du 20°, l’autre est actuel et parle de la guerre, de la séparation, du pouvoir de l’art comme rempart contre la violence et les injustices.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.