Si la crise sanitaire a changé le rapport de nombreux salariés au bureau avec le déploiement du télétravail, le parc de logements est-il adapté à cette transformation ?

Le télétravail et le parc de logements.
Le télétravail et le parc de logements. © Getty / Westend61

Une étude de l’Institut d’Epargne Immobilière et Foncière sort cette semaine sur l’impact du télétravail sur le bureau. Avec la crise sanitaire, le recours au télétravail s’est évidemment amplifié très fortement, notamment dans les périodes de confinement. 

Un constat en Ile-de-France, près de 40 % des salariés ont eu recours au télétravail, quel que soit le secteur d’activité.  Si le télétravail réduit le nombre de postes de travail dans une entreprise, il pose la question, de la place disponible qu’il faut repenser et puis si l’on travaille à domicile, notre parc de logement est-il adapté ?  

Gilbert Emont, économiste, spécialiste du logement pour l’institut Palladio et l’IEIF :   « 

Est-ce que le parc de logements des Français est compatible avec un télétravail généralisé ? je suis persuadé que le télétravail c’est plus un problème de logements qu’un problème uniquement de travail. Les logements, ils n’ont pas été faits pour ça.  On peut avoir l’espace mais _on ne peut pas s’isoler_. Le parc de logements français il est plus petit que la moyenne européenne, donc on a un vrai sujet à ce niveau-là sur l’organisation de la cellule du logement pour permettre ce télétravail et il y a du pain sur la planche. C’est n’est pas avec le parc de logements d’aujourd’hui que l'on va développer du télétravail, là où un certain nombre d’employeurs rêvent.

Avec 30 millions de résidences principales...il faudrait du temps pour transformer le parc de logements d’autant que l’on construit peu (notamment dans les zones tendues).  Une récente étude de Qualitel nous rappelle que 4 Français sur 10 n’ont pas -chez eux- de bureau ou de coin bureau. Plus d’un tiers des interrogés estime que son logement n’est pas adapté au télétravail.  Il y a un manque d’espace et puis c’est paradoxal, les Français grandissent et au fil du temps, dans les constructions récentes, la hauteur sous plafond diminue. Si la taille moyenne des Français a pris 7 cm depuis 60 ans, la hauteur sous plafond des appartements a perdu 27 cm en 60 ans. Une donnée qu’il faudra prendre en compte dans les prochains PLU (plan locaux d’urbanisme), comme le souligne Antoine Desbarrières, le directeur de  l'association Qualitel :

Les logements aujourd’hui doivent avoir au minimum une hauteur sous plafond de 2, 50 mètres. Cela doit avoir un impact en terme d’urbanisme et les élus locaux doivent s’en saisir pour faire évoluer les PLU (Plans locaux d'urbanisme), pour redonner de la hauteur et du gabarit dans les constructions pour que finalement par rapport aux surfaces constructibles, au coût de construction, on puisse s’en sortir. 

Si le logement prend un rôle majeur sur le plan économique encore faut-il en télétravail avoir le matériel, les outils, un environnement stable pour conjuguer vie personnelle et professionnelle... 

Mais la transformation de notre rapport au bureau est-elle inéluctable ? 

Avant la crise c’était déjà dans le sens de l’histoire…le bureau est en pleine mutation. Cette rupture avec le lieu de travail est aujourd’hui éparpillée. On travaille de chez soi, parfois dans l’entreprise, dans un tiers-lieu, en coliving, en coworking, dans des pôles de mobilité. C’est aussi la victoire du numérique. Et c’est là aussi où se creusent les inégalités. Les fractures. 

Le futur du bureau réside dans le partage et l’ouverture à l’extérieur.  Il doit offrir du confort et de la flexibilité. Quant au logement de demain, pour ne pas de pas devenir durablement et pour tous un instrument de la vie professionnelle par contrainte, il a besoin d'être repensé pour s'adapter aux transformations de la société. Sortir d’un modèle unique et imaginer de nouvelles façons de vivre et de concevoir l'espace.

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