Avec la chute des permis de construire et le recul de mises en chantiers, on manque toujours de logements dans les zones tendues. La transformation des bureaux vacants en logements est une idée dans l’air du temps, mais est-ce la solution ?

Et si l’on transformait les bureaux vides en logements ?
Et si l’on transformait les bureaux vides en logements ? © Getty / Gremlin

Pas partout et pas tout de suite. En tous les cas, la question est légitime.  D’autant que depuis la crise sanitaire, avec le télétravail, notre rapport au bureau a changé… Des bureaux se vident…certains durablement…des entreprises déménagent et laissent des bureaux vacants…Face au problème de la pénurie de logements dans les zones tendues, du manque de terrains disponibles, du foncier qui est rare et cher…la transformation de bureaux vides en logements est une piste à ne pas négliger.

Il faut savoir que L’Ile-de-France, compte par exemple, 3 millions de m2 de bureaux vides auxquels se rajoutent entre 3 à 6 millions de m2 du fait du télétravail.  Cela en fait des surfaces disponibles. 

Alors, quels sont les freins ? 

Il n’y a pas de baguette magique.  Tous les immeubles de bureaux ne sont pas transformables en logements. On estime que seulement environ 20% ont un réel potentiel de reconversion.

Les contraintes sont techniques (compliqué à réaliser), économiques (ça coûte cher), juridiques (les normes, les permis ne sont pas les mêmes) et politiques (il faut convaincre les élus de l’intégrer dans leurs plans locaux d’urbanisme) 

Et quels sont les avantages ? 

Transformer les bureaux vacants en logements, où de façon mixte,  lorsque c’est possible, cela permet de reconstruire la ville sur la ville sans créer de m2 supplémentaires. Pas d’étalement urbain. C’est plus écologique. Cela permet de répondre et de s’adapter aux nouveaux besoins de logements mais aussi énergétiques. Et puis c’est dans l’air du temps :

La Ville de Paris a lancé un appel à projet pour transformer les bureaux vacants en logements, le promoteur Novaxia a créé un fonds pour recycler les bureaux vides et débloquer à terme 4 000 logements, Action Logement a créé une foncière dédiée...

Il y a même une incitation gouvernementale, avec des primes à la clé (bonus de 30 % de constructibilité) et c’est l’une des priorités de la ministre du Logement,  qui veut accélérer la dynamique.

On voit aussi et ça, c’est encourageant, des opérations de transformations de bureaux en logements, commencer à se mettre en place, parce que finalement, économiquement dans la période actuelle, cela peut avoir du sens. Mon objectif, c’est à la fois de construire et de mettre à disposition plus de logements. Soit des logements vacants que des propriétaires remettent sur le marché, soit des bureaux que l’on transforme en logements parce que l’on a besoin d’augmenter l’offre. Emmanuelle Wargon, ministre du Logement

L’idée étant de simplifier les procédures, faciliter les opérations, améliorer le modèle économique….
Et puis, des immeubles de bureaux peuvent aussi se transformer en résidences hôtelières (pour de courts séjours). La crise a cet effet « accélérateur de tendance ». Penser bureaux, logements, télétravail, déplacements…de façon globale, d’où l’importance de l’urbanisme et des aménagements.

Et si l’on veut aller plus loin, quelles sont les autres pistes ? 

C’est le permis d’innover. Prévoir en amont. C’est-à-dire concevoir un bâtiment dont on anticipe dès le départ, sa transformation. Qu’il soit réversible. Bref, qu’il pourra changer de fonction dans 5, 10 ou 15 ans. 

_De l’anticipation, c’est construire, en imaginant ce que deviendront les bâtiments qui eux, auront plusieurs vies. Et l’on ne sera pas obligé de les casser. On les réparera, on les adaptera pour qu’ils puissent accueillir, digérer des nouveaux programmes.  _Patrick Aubin, architecte 

Construire pour demain, c’est construire réversible. Anticiper que le bâtiment pourra avoir une mixité d’usage. Pour du commerce, de l’activité, du bureau, du logement…

En attendant, car cela prend du temps …même si la transformation de bureaux en logements – est limitée – et n’est pas La Solution pour résoudre la crise dans les grandes villes, mieux vaut des logements occupés…que des bureaux vides.

Aller Plus loin

Bilan et perspectives transformations bureaux en logements (ministère de la Transition écologique)

Appel à projets urbains innovants (Mairie de Paris)

Foncière Action logement dédiée au recyclage de bureaux et locaux d’activité obsolètes

L'urbanisme circulaire 

A quoi ressembleront les bureaux de demain dans nos villes ?

La ville du quart d'heure 

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