Des années Loft aux années 2030, marquées par le sacre des réseaux sociaux, la romancière offre une plongée glaçante dans un monde où tout s'expose et se vend, jusqu'au bonheur familial... Ce matin, nous recevons l'autrice Delphine de Vigan pour son roman "Les enfants sont rois", paru chez Gallimard.

Delphine de Vigan
Delphine de Vigan © AFP

La bande : Leïla Kaddour-Boudadi, Daniel Morin, Tanguy Pastureau, Morgane Cadignan et Agnès Hurstel !

Dans son roman Les enfants sont rois, Delphine de Vigan nous raconte l'histoire de deux femmes aux destins contraires et explore les dérives d'une époque où l'on ne vit que pour être vu. Des années Loft aux années 2030, marquées par le sacre des réseaux sociaux, la romancière offre une plongée glaçante dans un monde où tout s'expose et se vend, jusqu'au bonheur familial...

Extraits de l'entretien 

► Delphine de Vigan, écrivaine, explique la démarche d'une des youtubeuses de son livre : "Au départ, elle vient sur les réseaux sociaux pour combler un ennui et un sentiment de solitude. C'est assez banal. Dans un premier temps, à la naissance de son fils, elle entre en contact avec d'autres mamans par le biais de Facebook qu'elle découvre un peu tardivement. Et puis, de fil en aiguille, elle se prend au jeu et elle prend la marche de l'époque.

Sur ces chaînes vidéo de familles qui se filment au quotidien, on tient un langage hérité de la télé-réalité.

Le unboxing est le fait de filmer son enfant en train d'ouvrir des paquets. C'est l'une des activités qui fait le plus de vues sur les réseaux sociaux. Cela génère un argent phénoménal. Il s'agit de vidéos qui sont vues par 20 ou 25 millions personnes. Certaines de ces familles ont 5,6 millions d'abonnés. Mais on ne sait pas toujours que cela existe.

Cette dimension de la langue, et ce que l'on met derrière les "cœurs", les "like", les "j'aime", etc. m'intéressait. Dans ce monde, finalement, on est quand même très seul. 

Ces communautés d’internautes donnent l'illusion du partage, mais il y a beaucoup de solitude derrière."

L'incroyable succès des vidéos d'enfants

Pour la deuxième année consécutive, le YouTubeur le plus riche du monde, toutes catégories confondues, c'est un jeune Américain qui s'appelle Ryan, il a 8 ans. Cette année, il a gagné l'équivalent de 30 millions d'euros et l'année dernière, c'était 29.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

"Les youtubeuses sont habiles, elles donnent le sentiment que l'on fait partie de leur vie. Elles répètent qu'elles sont heureuses, que leurs enfants sont heureux... Il y a presque une volonté performative à se répéter sans cesse qu'on est heureux, qu'on est aimé, qu'on partage, qu'on échange... 

Pour moi, c'est vraiment un travers de l'époque qui raconte aussi notre solitude au fond.

Quand les enfants sont petits, on leur laisse volontiers l'iPad. On les voit en train de regarder d'autres enfants en train de jouer, de s'extasier. A priori, ça paraît pas très inquiétant. Ça l'est davantage quand on se rapproche un peu et qu'on se rend compte, des valeurs consuméristes véhiculées par ces vidéos."

► Michaël Stora : psychologue et psychanalyste. Il est le cofondateur de l’OMNSH (Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines) et l’auteur de nombreux livres dont Hyperconnexion aux éditions Larousse et Et si les écrans nous soignaient aux éditions Erès.

"Cette tyrannie du bien-être, du beau sur les réseaux sociaux enfonce l'adolescent dans son mal-être. D'où le recours à plus de chirurgie esthétique très ciblée. L'exposition de l'enfant au quotidien peut faire des ravages plus tard. On a vu d'ailleurs aux Etats-Unis un adolescent porter plainte contre ses parents pour vol d'images.

Sur Youtube, on est est dans une sorte d'hypertension entre un moi réel et un moi virtuel.

D'ailleurs, les influenceurs font parfois des burn-out parce qu'ils ne peuvent pas être toujours parfaits au quotidien. On accuse beaucoup les ados de conduite excessive. 

Mais les chiffres montrent que ce sont paradoxalement les 35-49 ans qui utilisent le plus leur mobile et sont sur les réseaux sociaux.

Il est vrai qu'auparavant, la construction identitaire de l'adolescent se faisait dans les boums ou dans les cours de récré. Maintenant, ils se font aussi sur les réseaux sociaux. Sur Youtube, on est plus proche d'un laboratoire de quête identitaire que de quelque chose de malsain.

Je suis moi-même père, et je n'envisage pas de me mêler de ce qu'il se passe sur les réseaux sociaux de mes enfants. C'est leur secret, leur vie à eux. Il est important, en tant que parent, de respecter cela."

Le roman exprime à quel point les enfants sont de plus en plus mis en avant comme manière de combler les fragilités narcissiques des parents et le danger est de fétichiser les enfants.

La bande originale de Delphine de Vigan

  • En 1988, Delphine de Vigan écoutait C'est comme ça des Rita Mitsouko.
  • En 2001, Delphine de Vigan écoutait Prisons de Silent poets.
  • En 2011, Delphine de Vigan écoutait Osez Joséphine et Aucun express d'Alain Bashung.
  • En 2015, Delphine de Vigan écoutait Les mots bleus de Christophe.

►► Retrouvez la Bande Originale sur notre page Facebook et sur notre compte Instagram avec toutes les photos et informations des émissions !

Les invités
  • Delphine de ViganEcrivain
  • Michael StoraPsychanalyste expert des mondes numériques, co-fondateur de l’observatoire des mondes numériques en sciences humaines.
L'équipe