Avant tout, et pour comprendre toute la logique de ce roman, il faut écouter l’avant-propos de ce texte...

« Il y a presque un siècle, un écrivain hongrois a imaginé dans l’une de ses nouvelles qu’une personne sur la planète peut être reliée à n’importe quelle autre par une chaîne de six relations individuelles. La « théorie des six degrés de séparation », il a appelé ça. Imaginez un instant, imaginez-vous, en train de tenir la main d’un proche ou même d’une vague connaissance qui elle-même tient la main d’un de ses amis que vous n’avez jamais croisé, et ainsi de suite jusqu’à former une chaîne de six personnes. On pourrait relier l’humanité entière comme ça, à partir de vous. » 

Manon Fargetton construit ce roman sous cette « théorie des six degrés de séparation », de l’écrivain Frigyes Karinthy, en nous présentant un ensemble de personnages qui reliés comme les constellations.

Luce, Titouan, Alix, Armand et Gabrielle : des personnages que Fargetton nous présente comme des petits bouts de chaîne 

Luce, une vielle dame veuve depuis peu, qui n’arrive plus à vivre sans la présence de son mari. Un soir, dans un moment de faiblesse, elle retrouve le téléphone portable que son mari lui avait offert. Luce a toujours été assez mauvaise pour comprendre ces engins, et elle ne l’a quasiment jamais utilisé. En regardant le nom de son mari sur le répertoire du téléphone, elle ne peut s’empêcher de lui écrire un texto. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que les numéros des défunts sont attribués à des nouveaux souscripteurs. Ce sera donc quelqu’un d’autre qui recevra ses messages pleins de nostalgie. 

Titouan, un jeune lycéen qui un jour s’est levé avec une décision ferme : il est mieux dans sa chambre que nulle part ailleurs. Dehors tout l’agresse, l’angoisse, la société, ses idées, le monde : Il est convaincu de son propos : il ne sortira plus jamais de sa chambre. Sauf qu’un soir il reçoit un étrange texto…. Sans signature…

D’un autre côté, on a Alix, presque dix-huit ans, pleine de rêves, travaille dur pour passer un concours et intégrer un conservatoire à Paris et devenir comédienne. Peut-être un peu incongru comme idée mais jouer un rôle est la seule manière qu’elle a d’être elle-même :

« Il suffit d’oser. D’essayer. C’est ce qu’elle exprime sur scène, et ce qu’elle ne parvient pas à incarner au-dehors. Les personnages et les mots que les auteurs lui confient sont des prétextes parfaits. En mettant un masque, elle l’enlève. Elle s’autorise à. »

On a aussi le père d’Alix, Armand, prof de violon qui a dû mal à voir comment sa fille grandie et s’éloigne. 

Et Gabrielle, la prof de théâtre d’Alix, mystérieuse et solitaire, qui vie sa vie comme une pièce dans laquelle personne ne lui a jamais attribué un rôle. 

Le sixième personnage est, bien évidemment, à découvrir tout au long de votre lecture

Même si chacun de ces personnages ont un prénom différent, une histoire différente, un âge distinct, ou un passé divers, il y a quelque chose qui les relie tous : un fort sentiment de solitude. Ce qui est précisément le centre de ce roman. De quelle manière les liens qui nous lient aux autres nous aident aussi à surmonter la sensation? Ils ont tous un rêve, un espoir que l’on a planqué de côté de peur de ne pas réussir. Ce n’est pas seuls qu’ils arriveront. 

La découverte de ces bouts de vies qui n’arrêtent pas de s’entremêler, les rêves de ces personnages, leurs envies, leurs quotidiens, marquent un rythme doux qui se lit à merveille. Il se lit, mais qui pourrait très bien se jouer aussi ! Car le roman est structuré comme une pièce de théâtre géante dans laquelle les différents narrateurs s’alternent. Cinq actes divisent l’histoire comme s’il s’agissait d’une tragicomédie.