C’est un conte noir, à la fois effrayant et merveilleux réédité en grand format dans une très belle version illustrée. Coraline est devenu un bestseller à sa sortie en 2002, il a même été adapté en film d’animation par le réalisateur de l’Etrange Noël de Mr Jack.

Couverture de "Coraline" par Neil Gaiman
Couverture de "Coraline" par Neil Gaiman © Albin Michel

Coraline vient d’emménager dans une nouvelle maison. C’est la fin du mois d’août, les journées s’étirent et la rentrée dans sa nouvelle école approche dangereusement. Quand ses parents ne travaillent pas derrière leur ordinateur, ils s’évertuent à être très ennuyeux. Son père fait d’écœurantes recettes à base de légumes et d’épices, et sa mère lui achète des chemisiers tristounets.

Son seul recours, c’est d’aller embêter ses voisins 

Au rez-de-chaussée, vivent les demoiselles Spink et Forcible. Des vieilles dames « toutes rondes », obsédées par leur passé d’actrices et leur ribambelle de chiens « affublés de noms de personnes ».

Au-dessus, vit un « vieux toqué à grosses moustache » qui prétend posséder un cirque de souris savantes, mais qui s’entête à ne jamais le montrer ! Vous l’aurez compris, Coraline s’ennuie.

Les quinze premiers jours, elle explore les moindres recoins de sa nouvelle maison

Elle va jusqu’à répertorier toutes les choses bleues (153 exactement), elle compte même les fenêtres et les portes. Et elle finit par en remarquer une, cachée dans un coin, en bois sombre tout sculpté et fermée à clé bien sûr. La porte est condamnée, sa mère en est sûre : elle ne mène nulle part… Coraline a l’âme d’une exploratrice et elle compte bien vérifier par elle-même.

Extrait :

Coraline s’immobilisa et tendit l’oreille. Elle savait très bien qu’elle faisait quelque chose d’interdit. Était-ce sa mère qui rentrait ? Non, on n’entendait pas un bruit. Elle actionna la poignée et ouvrit la porte. De l’autre côté, elle déboucha sur un couloir plongé dans l’obscurité. Le mur de brique avait disparu, comme s’il n’avait jamais été là. Une froide odeur de renfermé parvint à ses narines – ça sentait comme quelque chose de très vieux et de très lent.

Le passage débouche sur un appartement identique au sien. Enfin presque...

Elle découvre une chambre peuplée de jouets qui s’animent. Dans son placard, finie la grisaille des sous-pulls sérieux, elle trouve des déguisements de sorcière et de guerrier futuriste. Ensuite elle assiste à d’incroyables numéros de cirque au milieu d’une assemblée de chiens qui se gavent de chocolat.

Et surtout, de ce côté-là, une Autre mère et un Autre père l’attendent. Ils sont affectueux, disponibles, toujours partants pour s’amuser et préparer des bons petits plats. C’est la vie dont elle a toujours rêvé !

Seul un petit détail nous met un peu mal à l’aise : cousus à la place des yeux, ses parents portent deux boutons noirs…

Evidemment, il y a un prix à payer pour rester « toujours et à jamais » dans ce monde merveilleux. Et lorsque Coraline le découvre, le rêve tourne au cauchemar !

D’ailleurs, sur la quatrième de couverture, Neil Gaiman dit de son roman « Cette histoire, les enfants la lisent comme une aventure, mais les adultes la vivent comme un cauchemar. » Coraline est un excellent roman d’épouvante ! Il y a des passages délicieusement flippants et des scènes très marquantes, peut-être parce que Neil Gaiman réussit à puiser dans nos peurs enfantines profondes. L’atmosphère est d’une étrangeté saisissante : il imagine un quotidien déformé, dans lequel tous les repères familiers deviennent une menace.

C’est l’exploration de l’inconscient d’une petite fille en proie à beaucoup de changements. Mais c’est aussi l’histoire d’une émancipation, dans laquelle Coraline surmonte ses peurs et se découvre elle-même. Elle apprend à se débrouiller toute seule sans ses parents, pour finalement mieux les retrouver et les aimer tels qu’ils sont !

Enfant ou ado, on a tous rêvé d’avoir une famille différente : et si en fait avoir des parents parfaits c’était un cauchemar ?

A offrir à partir de 12 / 13 ans pour ceux qui aiment avoir peur !

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