L’héroïne de ce roman s'appelle Efi. Efi vient d’avoir quatorze ans. C’est la fin de l’année scolaire, elle est en route pour rentrer chez elle, dans un village perdu au milieu des terres pour passer les vacances d’été.

Assise sur le porte-bagages de la vieille mobylette bleue de son oncle, Efi n’arrête pas de penser à ce que va dire sa famille quand elle va montrer son bulletin scolaire. Pendant l’année, elle est interne pour pouvoir étudier dans un collège de la ville. Elle est sûre que ses parents seront fiers d’elle, de ses résultats, des mots de Madame Gaztea : « Efi a un comportement moral exemplaire ».

Un comportement exemplaire et beaucoup de rêves !

Elle rêve déjà de rejoindre ses copines, ses cousins et cousines et passer un bel été en profitant des vacances. De lire les livres que sa professeure lui a prêtés pour l’été, de se chamailler avec son grand frère Âta et de lui raconter tout ce qu’elle a appris cette année au collège.

Efi continue à rêver le long des kilomètres…

En rentrant du collège ce jour-là, assise sur la mobylette d’oncle Blabla, même si j’ai mal aux fesses et que le chemin n’en finit pas sous le soleil qui devant nous rougeoie, je suis convaincue que le monde m’appartient. J’ignore encore que je me trompe et que c’est moi, qui, depuis ma naissance, lui appartiens.

Pourquoi se trompe Efi ? Qu’est-ce qu’elle n’aurait pas pu anticiper ?

Efi se rend compte très vite que les choses ont changé pour elle à la maison. Désormais, elle n’a plus le droit de sortir sans surveillance, plus le droit de se balader librement au village avec un legging, un t-shirt et une paire de claquettes. Elle a quatorze ans, elle est devenue une femme. Ses parents insistent, ils lui répètent « tu es en danger maintenant dehors » car aux yeux des hommes, elle n’est plus un enfant. 

Les copines d’Efi trouvent vite une explication au changement de sa famille. Efi a quatorze ans, elle est nubile, c’est-à-dire, elle a l’âge de se marier. Il faut désormais faire attention avec qui on reste, comment on s’habille, car le futur mari pourrait refuser le compromis si jamais il trouve un comportement inapproprié. 

Dans la tête d’Efi, tout est flou. Certes, elle avait bien compris que sa mère s’était mariée jeune, que certaines de ses cousines aussi, mais elle n’y avait jamais vraiment réfléchi. Elle s’était concentrée sur ses envies d’apprendre, son rêve de continuer le collège. Son père lui avait permis d’étudier, d’avancer. Pourquoi s’arrêter maintenant ? 

En rentrant de chez ses copines, ses parents sont dans la cuisine avec un couple d’inconnus. Ils l’examinent, la palpent, commentent son physique et ses magnifiques qualités et ensuite on lui demande de les laisser seuls. 

Je les ai entendus rire et faire affaire. C’est ainsi que j’ai fini par résumer l’entretien auquel je n’avais été que partiellement conviée. J’avais quatorze ans et je n’étais pas stupide. J’ai reconnu la voix de mon père. Celle des jours de foire quand il a vendu toutes les bêtes, tous les fruits, tous les meubles et les objets que pendant l’année il fabrique. Une voix de commerçant content. Mon père venait de conclure une belle affaire. Contre quoi m’avait-il échangée ? J’avais compris : On allait me marier.

Tout au long de ce roman, vous ne trouverez aucune piste du lieu où cette histoire se déroule, car l’histoire d’Efi est universelle à celle de douze millions de filles qui sont mariées de force chaque année. 

Au-delà de ça, les rêves d’Efi ressemblent à ceux de n’importe quelle adolescente de quatorze ans. Profiter de la vie, étudier, se former, améliorer son futur. 

Ce roman est un cri de demande de liberté, un récit puissant et dur qui nous fait réfléchir sur le sort que, dans tous les coins du monde, continuent à subir des adolescentes, juste par la simple raison de naître femmes. 

Jo Witek est une écrivaine de littérature de jeunesse française

Elle se consacre très souvent à des histoires de vie, réalistes et avec une plume magnifique. Elle signe ce roman chez Actes Sud junior que l’on peut conseiller à partir de 14 ans. 

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