Un roman très juste sur l’acceptation de soi, au suspens psychologique prenant ! Oscar est envoyé chez sa tante dans le Haut Rhin pour y passer l’été. « Là où personne ne me posera de questions » nous dit-il. Car Oscar semble bel et bien fuir quelque chose.

Dans la voiture, son père conduit, les dents serrées, et sa mère a les yeux rougis d’avoir trop pleuré. 

Le paysage qui défile derrière la vitre me rappelle les branches de la forêt qui fouettaient mon visage quelques nuits plus tôt. Dans la pénombre, j’aperçois mon reflet dans la vitre. Je vois mon œil droit encore violacé, sa couleur vire désormais au jaune pisseux. J’aime à penser qu’il me donne un peu de cachet, à moi qui suis si quelconque. 

Sur le trajet, il finit par s’endormir, et les souvenirs l’assaillent : une soirée, une piscine, une course poursuite en forêt, un garçon nommé Olivier, une pierre qui s’abat sur son visage… et l’odeur du sang…

Que s’est-il réellement passé cette soirée-là ? 

C’est la question centrale du livre ! Oscar affirme qu’il est la seule victime dans cette affaire d’agression. Mais il reste encore beaucoup de zones d’ombre. Pourquoi sa mère laisse-t-elle entendre qu’Oscar ne dit pas la vérité ? Que s’est-il passé entre Olivier et lui pour déchaîner une telle violence ?

Au fil du roman, la scène de l’agression se rejoue sans cesse. Les souvenirs refoulés ressurgissent, par flashs, convoqués par une image, une odeur ou une chanson. 

Comme les pièces d’un puzzle !

Exactement ! Et puis de temps à autre, il y a ces doubles pages troublantes : entièrement noircies d’un seul mot « homophobe » ou « coupable », écrit 100, 200 fois comme une idée obsédante, qui n’en peut plus d’être réprimée… 

C’est dans la maison de sa tante, entre les couloirs et les nombreux escaliers, au rythme d’une horloge capricieuse, qu’Oscar se perd dans les méandres de sa mémoire. Mais veut-il vraiment s’avouer la vérité ? Difficile de démêler le vrai du faux lorsque le narrateur se ment à lui-même ! 

Que sait-on de lui exactement ?

Petit à petit, Oscar se confie : il a 17 ans et ça fait déjà longtemps qu’il évite les miroirs. Il se trouve transparent, sans passé ni avenir, comme étranger à lui-même.

Oscar a un rêve : il veut devenir nez, et il ne l’a dit à personne ou presque… Il nous fait partager son étonnante perception du monde : pour lui tout est odeur ! C’est incolore, volatile, insaisissable et pourtant si riche…

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est l’idée qu’un parfum peut raconter une histoire. Il peut raconter notre histoire, dire qui on est. Il peut aussi raconter une promesse, ce qu’on aimerait être.

Et lui ? Il pense qu’il n’a pas d’odeur. Exactement comme Jean-Baptiste Grenouille, rappelez-vous, ce terrible personnage du roman de Patrick Süskind Le Parfum. Comme lui, Oscar se sent vide, à part, rejeté de tous et incompris. Ce roman c’est sa tante qui lui a conseillé, et il va accompagner Oscar le temps de son exil.

Que va-t-il se passer au cours de cet été ?

Ce mois passé chez sa tante va bouleverser sa vie. D’abord Oscar entame, sous la contrainte, une psychothérapie. 

Et puis Oscar va faire la rencontre de ses voisins, des jeunes un peu délaissés par leur parents. Il y a Jonas, l’aventurier, et sa sœur Margot, l’insolente. Avec son « sourire de manga », ses grands yeux bleus, son odeur de crème glacée et d’acier trempé, elle semble l’exacte opposée d’Oscar. 

Pourtant, entre les trois jeunes gens, va naître une très belle histoire d’amitié.  La parole se libère, au rythme des confidences de chacun. 

Et c’est en partie grâce à eux qu’Oscar va enfin réussir à dire la vérité et à se pardonner.

"Malamour", ça veut dire quoi ?

C’est l’amour mauvais, celui qui flirte avec la colère et la culpabilité. Malamour montre jusqu’où peut conduire le déni, et comment la haine de soi peut se retourner contre les autres.

Rémi Giordano publie son premier roman pour la jeunesse : c’est délicat, intime, sensible et émouvant. Les rencontres, la littérature, le théâtre et le cinéma aident Oscar à se comprendre et à s’accepter. Gageons que Malamour saura jouer ce rôle-là auprès de ses lecteurs, à partir de 14 ans !

Les références
L'équipe
Thèmes associés