Louise vient tout juste d’avoir treize ans et elle sait déjà bien comment travailler cette terre si fertile qui nourrit les Parisiens. Employée chez un maraîcher à Bobigny, elle consacre ses journées à cultiver la terre...

Détail de la couverture de "La Capucine" de Marie Desplechin
Détail de la couverture de "La Capucine" de Marie Desplechin © Ecole des Loisirs

A la fin du XIXe siècle, pas très loin de Paris, à peine à une dizaine de kilomètres, s’étalait une vaste terre de culture agricole. A Bobigny, des maraîchers cultivaient des fruits, légumes et herbes aromatiques qu’ils transportaient à Paris pour les vendre dans le bruyant et fréquenté marché des Halles.

Louise vient tout juste d’avoir treize ans et elle sait déjà bien comment travailler cette terre si fertile qui nourrit les Parisiens. Employée chez un maraîcher à Bobigny, elle consacre ses journées à cultiver la terre et à faire pousser des choux, des carottes, des navets… 

Même si elle travaille pour son patron, elle doit tout de même lui verser une somme pour se faire loger et nourrir. 

Malgré cet accord peu avantageux pour Louise, elle a un sacré caractère

Elle se laisse rarement faire par les insultes du fils de son patron, qui l’appelle la Scarole à cause de ses cheveux crépus.

Louise n’a pas la langue dans sa poche, elle ose même dire un jour à son patron :

Vous êtes une sorte de bourgeois, vous aussi, à profiter de ma force pour entasser de l’argent. Vous ferez comme les autres, allez. Vous vous retirerez à quarante ans et vous irez vivre de vos rentes en jouant du violon. Tandis que moi, moi qui n’ai rien aujourd’hui, je n’aurai toujours rien demain, pas un sou, et serai obligée de me gâcher dans un champ jusqu’à ma mort, à moins que je ne me tue à faire la domestique ou la blanchisseuse pour nettoyer vos saletés.

Sa vie au milieu des cultures ne lui déplaît pas tant que ça. Le seul bémol, c’est de vivre loin de sa mère, qui est partie à Paris pour devenir servante dans une famille bourgeoise. La mère de Louise, Clémence, a fui vers Paris lorsqu’elle était enceinte de Louise, pour échapper aux rumeurs et aux commérages de son village : ''où était le père de Lou ?'' Une chance pour la mère de Louise de rencontrer Bernadette dans un train en direction de Paris : elle la prend sous son aile, et partage avec elle et avec la petite Louise tout ce qu’elle possède.

Après tant d’années, Bernadette continue à protéger Louise comme elle peut, lui donnant de temps à autre à manger et écoutant ses plaintes sur son patron. Bernadette a réussi à se faire une place dans la ville de Bobigny et à vivre des trocs qu’elle fait avec le voisinage. Ses confits sont tellement bons, qu’elle est même appelée pour aller à Paris les faire goûter dans la famille bourgeoise où la maman de Louise travaille comme servante.

Louise et Bernadette partent à Paris pour la journée

Le patron de Louise n’a pas eu le courage de dire non, et il leur permet de profiter du voyage en grimpant dans son chariot de fruits et légumes qu’il va vendre aux Halles. En contrepartie, il demande à Louise de vendre ses produits directement dans les maisons bourgeoises de la capitale.

Paris est loin d’être décrite comme une ville rêvée : sale, bondée, elle devient un paysage dangereux et nouveau pour Louise. Des rencontres, elles en feront beaucoup ! D’autres servants, cuisiniers… mais aussi ces messieurs et ces dames qui habitent les beaux appartements parisiens. Louise fera même connaissance d’un certain Alexandre Dumas, qui lui est tout de suite sympathique, car il partage avec elle cette chevelure frisée qui lui vaut tant de moqueries. 

Marie Desplechin nous fait voyager dans le Paris de la toute fin du XIXe siècle

Les écarts sociaux, les personnages forts et sa merveilleuse plume, nous livrent un un roman merveilleux. Et pas qu’un seul, c’est le troisième d’un trio qu’elle a appelé Les filles du siècle, mais qui chaque livre peut se lire de façon complètement indépendante aux autres. Les deux romans précédents, Séraphine et Satin grenadine partagent le même cadre, le Paris de 1885, mais ils ont comme personnage principal deux autres jeunes femmes issues de milieux différents.

Trois romans qui nous montrent la vie de ces Parisiennes qui viennent de vivre la mort de Victor Hugo et qui rêvent d’un XXe siècle comme une période prometteuse de changement, de révolution et de liberté.

Marie Desplechin est une auteure jeunesse renommée : elle vient d’être primée de la Grande Ours 2020, une distinction discernée par le salon de jeunesse de Montreuil pour récompenser l’œuvre d’un auteur qui a marqué la littérature de jeunesse.

Les invités
Les références
L'équipe