"Amour chrome" est une chronique de la vie de jeunes à Saint Denis, sans caricature ni angélisme, faite de street art, d’histoire d’amour, de souvenirs du temps passé et surtout d’une urgente envie d’avenir !

Détail de la couverture d'"Amour chrome" de Sylvain Pattieu
Détail de la couverture d'"Amour chrome" de Sylvain Pattieu © Ecole des loisirs

Le personnage principal 

C'est Mohammed-Ali. Il est en troisième. Il est bon en classe sans être fayot. Il sait se faire respecter des profs et des autres élèves. Il a été élu délégué de sa classe, le principal l’appelle même l’Avocat pour rigoler. Mohammed-Ali dit toujours : « faut être sérieux pour être pris au sérieux ».

Mais Mohammed-Ali a une vie secrète

Le premier secret, c’est qu'il sort la nuit pour aller taguer. Personne ne le sait, sauf Zako son meilleur ami. Il passe des heures à soigner ses lettrages, à travailler ses compositions, à repérer les meilleurs spots pour poser ses créations.

L’autre secret s’appelle Aimée et Mohammed-Ali est totalement fou d’elle. C’est une fille de sa classe, une géante un peu timide « aux jambes de cigogne », passionnée de foot, elle passe tous ses week-ends à s’entrainer ou à coacher les petits de son club. 

Zako l’a prévenu :

Tu sais gros, un rebeu et une renoi ça peut pas marcher, c’est impossible.

C’est ce qu’on verra !

Mohammed-Ali sent qu’il est en train de changer

« Il se demande si grandir c’est trahir, faire de la place à d’autres et virer ceux qui sont déjà dans son cœur. » Petit à petit, il s’éloigne de ses amis d’enfance.

Et puis, au cours de l’année, il va faire la rencontre des membres d’ACA, (A Comme Artiste, un collectif de graffeurs. Ils sont un peu plus âgés que lui et ils ont beaucoup à lui apprendre. 

Parmi eux, il y a Miss Sabire. Elle est étudiante aux Beaux-Arts, et le graff c’est toute sa vie. Elle est toujours en colère, Miss Sabire, parce qu’être noire et banlieusarde aux Beaux-Arts c’est compliqué.

Avec eux, bien sûr Mohammed-Ali perfectionne sa technique, prend confiance en lui et découvre aussi des idées nouvelles.

Ce livre « Amour Chrome » est le 1er tome d’une série intitulée « Hypallage »

Une hypallage, c’est une figure de style où un adjectif est attribué à un nom de manière inhabituelle. L’idée est de créer des associations surprenantes et insolites.

Et c’est précisément le projet du roman : confronter les personnages à des univers qui leur sont totalement étrangers ! 

Que se passe-t-il lorsque des collégiens de Saint Denis assistent au festival parisien du film lesbien pour faire un exposé ? ou quand des graffeurs visitent la basilique Saint Denis ?

Mohammed-Ali et les autres ne font jamais ce que l’on attend d’eux, cassent les préjugés, se surprennent eux-mêmes ! Et en fait, comme eux, on est tout le temps bousculé, amusé, ou ému.

Celui qui réussit à nous amuser et nous émouvoir, c'est Sylvain Pattieu

Sylvain Pattieu avait déjà publié pour les adultes. C’est ici son 1er roman jeunesse. Il est historien et enseignant à Paris 8 à Saint Denis. 

Tout s’explique parce qu’Amour Chrome parle avant tout de transmission, de passation d’une génération à l’autre. On y découvre l’histoire de la basilique Saint Denis revisitée avec style par Miss Sabire. On rappelle celle des chibanis, ces immigrés maghrébins venus reconstruire le pays durant les Trente Glorieuses ; mais aussi l’histoire du street art racontée comme un poème épique, et puis l’émergence du rap français dans les années 1990 évoquée par ceux qui l’ont vécue, et qui ont aujourd’hui l’âge d’être parents.

Le style est direct, percutant, parfois proche de l’oral ! A certains moments, on oublie même les points, les virgules et les guillemets, parce que quand on a 14 ans, on n’a pas le temps d’attendre, on a envie de tout vivre, tout de suite. 

Amour Chrome raconte un bouillonnement de premières fois, de nouvelles rencontres, de possibles qui se dessinent. Mohammed-Ali, Aimée et les autres sont tous animés par une soif irrépressible d’expérimenter. 

Extrait :

Pericolo sporgesi
Il est dangereux de se pencher. On est prévenu. C’est dangereux mais ça vaut coup de tenter, de jouer. Ça veut le coup d’y aller, de donner, de sortir la tête, de regarder derrière, de regarder de tous les côtés. Ça vaut le coup d’attendre la dernière minute avant la fermeture des portes.              
A toi, vas-y. On est là. 

La fin est bouleversante, mais elle est aussi pleine d’espoir. Parce que leur envie d’avenir balaie tout sur son passage, même le pire…
 

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