Ys est une cité légendaire de Bretagne. Elle aurait été construite sous le niveau de la mer, au large de l’actuelle baie de Douarnenez. Il faut imaginer une cité marchande richissime, aux 100 cathédrales. On raconte qu’elle a été engloutie par l’océan, à cause des péchés de ses habitants, il y a plus de quinze siècles.

Détail de la couverture de Soeurs d'Ys de MT Anderson et Jo Rioux
Détail de la couverture de Soeurs d'Ys de MT Anderson et Jo Rioux © Rue de Sèvres

Un mythe qui a évidemment inspiré les arts dit majeurs, de l’opéra en passant par la littérature et la peinture ; mais qui a largement été adoptée par la pop culture avec les jeux vidéos et la BD.

"Sœurs d’Ys" est une superbe adaptation de la légende en bade dessinée, accessible à partir de 13/14 ans

A l’origine, un pacte scelle le destin tragique de la cité. La reine Malgven, venue d’un autre monde, celui des îles fantômes des mers du Nord, sauve le roi Gradlon d’une sanglante bataille. En échange, il devra assassiner l’époux de la reine, réputé pour sa sorcellerie. Gradlon parvient à le tuer et Malgven lui fait une proposition difficile à refuser :

Prenez-moi pour épouse. Et j’aurai recours à la sorcellerie pour vous bâtir une nouvelle capitale plus belle que toutes les cités bâties par des hommes. Vous me rendrez heureuse. Vous me donnerez des enfants. Pour vous, je repousserai la mer avec des digues, je vous construirai un palais coiffé de dômes et de tours.

C’est ainsi que naît la cité d’Ys, et que commence notre histoire.

Qui sont ces deux sœurs ? 

De l’union de Gradlon et Malgven naissent deux filles : Rozenn et Dahut. Ce sont elles que l’on voit sur la couverture.

Elles sont aussi belles l’une que l’autre. Et pourtant tout les oppose.

Rozenn, la douce Rozenn, c’est la brune, l’aînée. Malgré son statut d’héritière, elle méprise la vie de château et ses fêtes luxueuses. En fait, elle a toujours préféré la compagnie des animaux à celle des courtisans. Et ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est la solitude de la lande et le souffle du vent.

Dahut, c’est l’opposé ! Imaginez une chevelure rousse flamboyante et un regard de feu. Un tempérament d’écorchée vive. Enfant, elle se plonge dans les grimoires magiques de sa mère. Très vite, elle apprend à maîtriser la mer et ses terribles créatures. C’est une redoutable séductrice : gare à ceux qui passeront la nuit avec elle ! Ses nombreux amants savent, du fin fond des océans, quel en est le prix !

Et puis un jour, Rozenn tombe amoureuse d’un humble pêcheur. Dahut ne supporte pas l’insouciance et le bonheur de sa sœur. Elle va commettre l’irréparable, et entraîner Ys dans sa chute

Jo Rioux dessine un monde couleur beige parchemin,

Avec toutes les nuances de vert et de bleu comme si la ville était déjà engloutie par les eaux. Le dessin ondule, tourbillonne comme une mer déchaînée, et on sent vraiment le vent s’engouffrer dans les pages !

C’est une version fidèle de la légende ?

Dans certaines versions du mythe, Dahut incarne la tentatrice, la pécheresse et le mal absolu. Ce qui nous est raconté ici, c’est plutôt l’histoire douloureuse d’une rivalité entre deux sœurs. Dahut est montrée dans toute sa complexité. Elle est plus ambiguë, rongée par les regrets. Et finalement, sa colère et sa jalousie révèlent une fragilité presque touchante.

Et puis, Sœurs d’Ys nous montre que la grande force des mythes, c’est qu’ils ont encore des choses à dire sur notre époque ! Au cours d’une échappée dans la lande, Rozenn rencontre Corentin. C’est un ermite vivant au milieu des menhirs et voilà ce qu’il lui dit :

La générosité de la nature pour l’homme n’est jamais éternelle. Les puits s’assèchent. Les forêts disparaissent. Les champs s’épuisent quand on les laboure trop souvent. Les digues s’usent au fil des ans. Ys ne vivra pas indéfiniment dans le luxe.

La fin, vous la connaissez : aujourd’hui, il n’y a plus aucun vestiges d’Ys. Même si, parfois, des pêcheurs disent entendre sonner les cloches des cathédrales immergées…

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