Le titre résonne comme une malédiction et c’est bien de cela dont il s’agit dans ce roman. Tout commence le jour de l’enterrement de la grand-mère maternelle d’Irina, élève de terminale...

Détail de la couverture de "Et ta vie m’appartiendra", de Gaël Aymon
Détail de la couverture de "Et ta vie m’appartiendra", de Gaël Aymon © Nathan

Irina assiste à l'enterrement avec sa mère Maria, qui semble ne ressentir que de la colère, pour ne pas dire de la haine, vis-à-vis de sa mère défunte. Il faut dire que l’histoire de Maria est bien douloureuse. Sa mère l’a abandonnée à la naissance, et, sans qu’elle le sache, lui a rendu visite pendant des années en se faisant passer pour une amie fortunée et généreuse de la famille. Mais en grandissant, Maria a commencé à se poser des questions sur leurs ressemblances physiques. S’en est suivie une grosse dispute qui a mis un terme définitif aux visites maternelles. Ceci explique la colère de la mère d’Irina... 

Et on sait que les schémas familiaux ont tendance à se répéter. Et bien figurez-vous que la relation entre Irina et sa mère est bien compliquée elle aussi. Toutes les deux vivent dans une tour HLM moche d’un quartier populaire, et pour Irina, la raison en est simple : elle a toujours connu sa mère sous l’emprise de différentes addictions. Irina est donc, elle aussi, très en colère contre sa mère. Et le fait d’apprendre que sa grand-mère, avec qui elle entretenait un lien secret depuis 3 ans, versait une rente mensuelle à sa fille ne va pas arranger les choses…

LE secret au cœur du récit, c'est l’héritage...

Tout d’abord, je vous rappelle que Maria ayant été abandonnée, elle ne peut en aucun cas revendiquer un quelconque héritage, malgré l’immense fortune de sa mère. Le notaire a pourtant un pli à remettre, mais pas à elle, à Irina. A l’intérieur : la clé d’un coffre en banque accompagné d’un mot de sa grand-mère lui intimant de ne SURTOUT pas l’ouvrir. 

Irina n’écoutera pas cette mise en garde. Elle se rend à la banque, apprend que ce coffre n’a pas été ouvert depuis l’année 1965, introduit la clé, et découvre, consternée ce que ce coffre renferme. Elle ne parlera de tout ça qu’à sa précieuse amie Halima, à qui elle montrera cette chose, que je vais laisser le soin à l’auteur de nous décrire.

Extrait :

Halima est d’abord saisie d’une répulsion instinctive devant l’étrangeté de la chose. De forme vaguement rectangulaire, l’objet lui évoque les morues séchées-salées vendues à l’étalage de l’épicerie africaine du quartier, mais en beaucoup plus grand. (…) L’objet résonne d’un bruit sourd. Sa solidité est surprenante. Avec son demi-centimètre d’épaisseur, Halima s’attendait à ce qu’il soit plus cassant ou flexible. Ses bords dentelés sont tranchants. Leurs contours irréguliers lui donnent l’aspect d’un continent sur une mappemonde, ou d’un cuir de bête, tendu et tanné. (…) Sur le verso, se trouve (…) une inscription en arabe, gravée finement au centre de la surface, sur quelques lignes.

Cette inscription se traduit comme ceci : « _Si tu me possèdes, tu possèderas tout et ta vie m’appartiendra. Tous tes désirs seront accomplis mais pour chaque vœu réalisé, je décroîtrai en même temps que ta vie. Me veux-tu ? Prends-mo_i »

Belle et inquiétante promesse qui fait écho à « La peau de chagrin » de Balzac

Tous ceux qui ont lu ce merveilleux roman vont immédiatement faire le parallèle, et à juste titre. Gaël Aymon interroge lui aussi le rapport désir/prix à payer en embarquant le lecteur dans une aventure surprenante. Beaucoup d’action dans ce récit qui prend même des allures de roman policier, car une fois que le suspense s’invite dans l’histoire, il ne fait que s’étoffer.

Un bon roman donc, qui embarquera les ados à partir de 14 ans dans une aventure aux multiples rebondissements, avec cette mise en garde : Méfiez-vous de vos désirs.

"Et ta vie m’appartiendra", de Gaël Aymon paru chez Nathan

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