Les chiffres du Service central de prévention de la corruption tendent plutôt à prouver que la corruption n'augmente pas. Ce qui change c'est notre regard sur les mœurs poiltiques

Les mœurs politique ont-elles changé ?
Les mœurs politique ont-elles changé ? © AFP / Philippe Lopez

Cela restera comme l'un des faits marquants du premier débat télévisé d'avant premier tour avec tous les candidats à l'élection présidentielle. La sortie du candidat du NPA, Philippe Poutou, apostrophant François Fillon et Marine Le Pen sur leurs pratiques douteuses et leurs ennuis judiciaires.

Quelles sont les attentes des français en matière de moralisation de la vie publique ?

C'est le thème de la nouvelle enquête thématique IPSOS Sopra Steria pour France Inter et France Télévisions. Pour 65% des personnes interrogées dans cette étude, l’honnêteté et la probité sont les premières qualités attendues chez un Président de la République. Et si 57 % des sondés font confiance à la justice pour garantir la transparence et la moralisation de la vie politique, ils sont 74% à penser que les élus sont corrompus.

Le nombre d'affaire révélées par la presse, font parfois douter les Français de la probité de leur personnel politique

Selon Transparency International qui a épluché toute la presse, les tribunaux ont jugé 258 cas avérés de corruption entre 2010 et 2014. En 2014, 277 élus avaient été "mis en cause" (cela ne voulant pas dire qu'ils ont été condamnés à la fin ). Selon les chiffres du Service central de prévention de la corruption qui dépend du garde des sceaux, le chiffre le plus élevé depuis 20 ans.

On pourrait donc croire que le monde politique est de plus en plus corrompu mais ce n'est pas si simple, explique le Service dans son rapport. D'abord, on reste à moins de deux élus sur 1 000 mis en cause en France. Deux sur 1 000, soit0,2%. Ensuite, les lois anti-corruption sont de plus en plus strictes, la justice de plus en plus autonome -on est loin du dessaisissement du juge Jean-Pierre dans l'affaire Urba. Et puis les médias ont développé l'investigation. C'est comme sur la route, les gens ne roulent pas forcément plus vite mais il y a plus de radars.

Les mœurs politiques ont-elles changé

Si l'on compare les affaires des décennies précédentes à celles des derniers mois et des dernières années : Cahuzac, Thévenoud, Fillon (tout en rappelant que François Fillon est présumé innocent), nous sommes là sur des affaires individuelles, loin des "usines à corruption" type Urba, HLM de Paris ou HLM des Hauts-de-Seine. Sans parler des scandales Stavisky ou Panama qui ont éclaboussé toute la classe politique.

Les Français comment jugent-ils ces affaires ?

Pierre Lascoumes, chercheur à Sciences Po, rappelle que pendant des années, il a été difficile d'encadrer le financement des partis politiques. Il a fallu attendre la crise au milieu des années 1980. La hausse du chômage et des déficits publics a changé le regard des français, mais pas complètement.

Bon nombres d'élus locaux condamnés sont réélus, selon le chercheur, les électeurs regardent ce que l'élu a pu amener à sa ville, son département, sa région et à lui-même, place en crèche. Il insiste aussi sur la force d’un "attachement au clocher" c'est à dire l'identification du lieu de vie que l'on aime à un élu.

Dernier paradoxe, le Front National, le parti qui hurle au "tous pourris", lui-même visé par plusieurs affaires, mais cela semble glisser. Pourquoi ? Parce qu'il n'a jamais été au pouvoir, il y aurait donc un bénéfice du doute, explique Jérôme Fourquet de l'IFOP, les électeurs de Marine Le Pen ont le sentiment de la citadelle assiégée.

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