Quel que soit le résultat du référendum constitutionnel de dimanche, le prochain locataire de l'Elysée devra jouer serré avec le président turc

Erdogan est devenu l'interlocuteur incontournable
Erdogan est devenu l'interlocuteur incontournable © Reuters / Murad Sezer

Quand on parle de politique étrangère dans cette campagne, les noms de Donald Trump et Vladimir Poutine sont souvent cités, beaucoup moins celui d'un acteur de la diplomatie mondiale, pourtant incontournable, Recep Tayyip Erdogan. Peut-être parce qu'on ne sait pas bien par quel bout le prendre.

Le prochain locataire de l'Elysée devra jouer serré avec le dirigeant turc, quel que soit le résultat du référendum constitutionnel de dimanche sur une révision constitutionnelle qui renforcerait considérablement les pouvoirs du président turc. Si ce vote lui est favorable, Recep Tayip Erdogan aura forcément tendance à y voir un plébiscite en sa faveur.

Malgré les arguments juridiques sur la stabilisation du régime, mis en avant par ses partisans, la nouvelle constitution qui verrait le jour accorderait clairement au président turc d'immenses pouvoirs et notamment la possibilité de rester à la tête du pays jusqu'en 2029, puisqu'il pourrait se représenter à la présidence sans qu'il soit tenu compte de ses mandats antérieurs. L'Europe et donc la France devraient alors se préparer à négocier pendant de longues années avec cet interlocuteur aussi exigeant qu'ombrageux.

Quoi qu'il arrive dimanche, le président Erdogan continuera d'actionner les leviers à sa disposition face à l'Europe Le principal étant l'accord sur les migrants qu'il a globalement respecté jusqu'à présent en accueillant sur le sol turc une grande partie des réfugiés, en échange des milliards d'euros d'aide versés par l'Union européenne. Un accord fragile qu’Erdogan menace régulièrement de dénoncer. Le futur président français devra prendre en compte cette épée de Damoclès,

Le prochain président français aura, malgré tout, des atouts dans sa manche

À condition qu'il prenne l'initiative de mobiliser l'ensemble de l'Union européenne sur le rapport de forces économique entre la Turquie et l'Europe, les échanges commerciaux ayant quadruplé en une vingtaine d'années.

L'économie turque a certes beaucoup progressé depuis l'arrivée au pouvoir d'Erdogan, le PIB par habitant a été multiplié par trois. Mais aujourd'hui le système s'essouffle, l'inflation et le chômage repartent à la hausse, la livre turque est en perte de vitesse. Ce sont les points faibles de la posture de la Turquie qui n'espère plus intégrer l'Union européenne mais a toujours besoin de ce marché. Recep Tayip Erdogan en est conscient.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.