André Manoukian propose à l'équipe une performance collective et improvisée sur une musique de Ryuichi Sakamoto…

Comment Aristote définissait la définition ? En donnant le genre, plus une spécificité. Exemple : Le chat est un félin à griffes rétractiles … félin est le genre …. à griffes rétractiles, la spécificité. L’homme est un animal …. le genre… qui rit … spécificité… aux blagues de Guillaume Meurice et d’Alex Vizorek… incongruité… Quelle drôle de créature que l’homme... Vous Charline vous êtes une déesse, vous au-delà de la catégorie humaine.

Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est le rire, mais aussi la parole. Et là, il y a peu, on a fait une drôle de découverte. Notre cerveau de singe a doublé de volume, ce qui a fait de nous des hommes, sous l’effet du gossip, du ragot.

Mais comment est-ce possible, me direz-vous ?

Le ragot, avant d’augmenter la taille de nos cerveaux, a augmenté la taille de nos groupes. Un groupe de singes, c’est 15 individus maximum. Au-delà, des séparatismes se forment et de nouveaux groupes se créent. Le ragot renseigne sur le comportement de chaque individu, et le chef du clan, qui ne peut avoir un œil sur ses ouailles au-delà de 15, apprend ainsi que celui-là l’autre jour a su débusquer une gazelle rien qu’avec son odorat, donc on va le charger de la chasse, que cet autre grimpe le plus haut dans les arbres, zou, à la cueillette, et ainsi par le renseignement, la confiance agrandit la taille des groupes, jusqu’à la centaine. Par le collectif, on est devenu puissant, on a vaincu les mammouths et on a gagné deux fois la coupe du monde, même si la deuxième fois, on l’a volée aux Belges.

Le langage est donc né du besoin vital de collecter du renseignement, la zone du langage va doubler la taille de nos cerveaux et faire de nous des hommes. La place d’un Gérard Darmanin est cruciale dans le développement de notre humanité, il faut le savoir, il faut le dire.

Raconter des histoires, c’est ce qui nous distingue des animaux, des histoires d’abord sur les uns et les autres, et puis sur nos origines.

« - Où j’étais maman avant de naitre ? Pas dans le caleçon de papa, c’est dégueu. - Non mon chéri, tu étais dans l’Océan »... La naissance du mythe. Serge le mytho a fondé notre civilisation. Raconter des histoires, c’est se souvenir puis inventer autour d’un récit dynamique qui évolue au gré des récitants. Pour s’en souvenir, on rythme le texte, pour le raconter, on le chante. l’Illiade et l’Odyssée est un chant. Les premiers conteurs sont des performeurs. Pour toucher le psychisme des gens, le récit a besoin de tensions. Par exemple une femme tombe amoureuse du fils de son mari qui s’enfuit effrayé, la femme vexée balance à son mari que son fils a essayé de la pécho, le père furieux part à la poursuite de son fils en invoquant Poséidon qui provoque une tempête et la mort du fils dans les bras de son père qui du coup regrette pendant que sa femme s’empoisonne.

Ça, c’est Phèdre, bon Phèdre moins le quart, mais c’est la naissance de la tragédie, c’est du Sophocle, le Fabrice Drouelle du 5ème siècle av JC. La barre était haute pour ceux qui allaient suivre, les Shakespeare, Racine, Corneille, surtout que le fond est toujours plus ou moins le même, Alex aime Juliette qui aime Guillaume qui aime Charline qui aime André qui aime Charline mais aussi Constance qui l’aime en retour bien sûr.

Au 20 ème siècle, la vraie révolution vient des performeurs, qui mettent en jeu leur propre corps, pour réveiller la psyché endormie des blasés …

Alors plutôt que l’écoute simple d’un titre, je vous propose une performance autour de Andata, de Ryuichi Sakamoto, que j’ai découvert grâce à un tweet de Jean Daniel Beauvallet, ex-Inrock, qui dit : Nuit blanche avec cette mélopée de Ryuichi Sakamoto, obsédante, en boucle. Le rêve, ça serait de pouvoir jouer cette merveille au piano, mais pas de piano, pas de talent, la musique demeure intouchable. Alors moi, je vous propose de la toucher, cette musique, Charline, si vous voulez bien, on va garder les micros ouverts, et tous, autour de cette table, vous allez raconter, dire tout ce qui vous passe par la tête à l’écoute de cette merveille…

C’est parti...

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