Des hommes et des femmes accroupis devant des restes de carcasses à l'arrière d'un camion : ces photos éprouvantes ont fait le tour du pays et peuplaient les manifestations anti-Bolsonaro.

Selon L'Extra, la moitié de la population brésilienne aurait des difficultés à s’alimenter; et 19 millions seraient dans un état d’insécurité alimentaire grave
Selon L'Extra, la moitié de la population brésilienne aurait des difficultés à s’alimenter; et 19 millions seraient dans un état d’insécurité alimentaire grave © Getty / Felipe Nyland/picture alliance

Vous nous emmenez au Brésil ce matin ou des dizaines de milliers de personnes samedi et dimanche dans les rues de Rio, Sao Paulo, et beaucoup d’autres grandes villes brésiliennes, avec toutes un point commun : manifester contre le président Jair Bolsonaro et sa gestion jugée catastrophique de la pandémie de Covid-19.

Il faut dire qu’avec près de 600 000 morts, le Brésil est le deuxième pays au monde après les États-Unis en nombre de décès. 

En regard, les fanfaronnades de Jair Bolsonaro, refusant de porter un masque ou recommandant du bout des lèvres la vaccination semblent bien triviales.

Mais ce weekend, certains manifestants brandissaient en guise de pancartes un exemplaire d’Extra, un quotidien carioca dont la une, publiée mercredi dernier, mais surtout les photos, ont bouleversé tout le pays.

Des hommes et des femmes fouillant un tas de carcasses

On y voit des hommes et des femmes fouillant des restes probablement récupérés en boucherie et entreposées à l’arrière d’un camion. Souvent accroupis, ils tentent d’arracher des lambeaux de viande à ce qui n’est plus qu’un tas d’os bons à être broyés.

Un titre accompagne cette « une » choc : « Brésil 2021 : la douleur de la faim ». Quant au photographe, il est loin d’être un inconnu, puisqu’il s’agit de Domingos Peixoto qui a obtenu de nombreux prix pour son travail sur les plus pauvres et les guerres entre gangs.

Le témoignage le plus émouvant est celui du conducteur du camion aux carcasses : 

« Il y a encore quelques années » explique-t-il, « les gens récupéraient des os pour leurs chiens ». Aujourd’hui, « j’ai envie de pleurer lorsque je vois les mêmes mendier pour un bout de carcasse à manger ».

Des millions de Brésiliens ont faim

Selon le reportage d’Extra, la moitié de la population brésilienne aurait aujourd’hui des difficultés à s’alimenter au quotidien et 19 millions, soit près d’un Brésilien sur dix, se trouveraient dans un état d’insécurité alimentaire grave.

C’est une multiplication par deux du nombre de miséreux depuis 2018. 

A la décharge du gouvernement actuel, cette explosion de la pauvreté suite à la pandémie de Covid19 n’est pas propre qu’au Brésil.

On constate le même phénomène dans toute l’Amérique latine, même si le pays le plus affecté est le Venezuela où les deux-tiers de la population sont plongés dans la plus extrême pauvreté.

Bolsonaro, impopulaire mais toujours dans la course

Seul 20% des Brésiliens approuvent désormais sa gestion du pays et de la pandémie.

Alors, évidemment, la gauche brésilienne se sent pousser des ailes avec l’ex-président Lula da Silva qui survole tous les sondages.

Seulement voilà, il reste une année entière avant la prochaine présidentielle et l’actuel président peut compter sur le soutien de l’armée, des évangéliques mais aussi sur l’argent de l’agrobusiness. Et au Brésil, ça pèse lourd dans la balance à l’heure de voter.