Condamné à payer 500 000€ par jour d'amende par l'Union européenne, la Pologne résiste malgré tout à fermer son immense mine à ciel ouvert de Turów. Explications. 

Mine ce charbon de Turów
Mine ce charbon de Turów © Maxppp / : MARTIN DIVISEK/EPA/Newscom

Direction la Pologne ce matin qui devra payer une énorme amende : un demi-million d'euros par jour ! C'est l'amende imposée par la Cour européenne de Justice à Varsovie pour avoir refusé de fermer son énorme mine de charbon de Turów, située à la frontière avec la République tchèque et l'Allemagne.

Les deux voisins de la Pologne – mais surtout la République tchèque qui a porté l'affaire en justice – reprochent à ce complexe minier d'Etat ainsi qu'à la centrale électrique au charbon qui le jouxte de polluer gravement l'air et surtout le sol et l'eau de la région.

Turów est une mine est à ciel ouvert. En clair, c'est un gigantesque trou qui aspire les nappes phréatiques à des kilomètres à la ronde. Coté tchèque, les puits sont vides et les rejets de la centrale électrique couvrent de suie les villes et villages alentours.

Une mine et une centrale cruciales

A elle seule, la centrale produit 7% de l'électricité polonaise. 

De plus, la Pologne dépend du charbon pour les trois-quarts de son électricité. Donc oui : la Pologne a besoin de sa mine et de sa centrale. Le problème, c'est que les Polonais ont pris des engagements :

Notamment de réduire drastiquement leur dépendance au charbon. Or non seulement, ils refusent de fermer leur mine de Turów mais ils viennent d'en prolonger l'exploitation jusqu'en 2044 ! Ils ont même décidé d'y investir un milliard d'euros supplémentaires !

Ils sont d'autant plus convaincu d'avoir raison, que l'alternative serait de brûler du gaz naturel. Or non seulement ce gaz doit être importé de Russie, l'ennemi héréditaire, mais en plus son prix explose. Donc, le charbon polonais a encore de beau jours devant lui.

Les mineurs, populaires et puissants

Résister à la pression de l'étranger ; être seul contre tous ; ne dépendre de personne... ce sont des arguments qui font mouche en Pologne : un pays qui a été envahi, occupé, divisé plusieurs fois dans son histoire.

Donc pour les nationalistes conservateurs du PIS qui sont au pouvoir, ce « racket judiciaire » de l'Union européenne - c'est le ministre de la Justice qui le dit – est du pain béni. 

Enfin défendre les mineurs est, en plus, très populaire.

Pour des raisons presque sentimentales : les grandes grèves de 1988 qui ont abouti à la chute du régime communiste, ont commencé dans les mines de charbon de charbon. Même le syndicat Solidarnosc, puissant chez les mineurs, soutient le PIS contre l'Europe.

L'Allemagne et la France prudentes

L'Allemagne voisine ne dit grand chose : les Allemands produisent eux-aussi d'énormes quantités de charbon, ne serait-ce que pour alimenter les centrales qui fournissent un quart de l'électricité allemande.

 Donc, ils n'ont pas de leçons à donner aux Polonais.

Paris aussi est très silencieux mais pour une autre raison : la Pologne veut construire 6 centrales nucléaires d'ici 2050. Or qui va vendre son expertise nucléaire, voire des centrales clés en main ? Deux pays sont sur les rangs : les Etats-Unis et la France.