La princesse Mako s'est mariée aujourd'hui, loin du protocole et des contraintes réservées aux femmes de la famille impériale.

La Princesse Mako a dit "oui" à Kei Komuro
La Princesse Mako a dit "oui" à Kei Komuro © AFP / Pool for Yomiuri / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Une histoire de "tête couronnée" ce matin avec le mariage de la princesse Mako du Japon qui a dit "oui" à son Komuro de fiancé, un roturier à queue de cheval ce mardi 26 octobre.

Et je ne vous parle pas de la queue de cheval du marié pour faire joli : tout le Japon ne parle que de cela. Là-bas, l’uniformité des coupes de cheveux est un signe d’assimilation culturelle. Donc la queue de cheval du futur marié n’est pas du tout passée.

Comme n’est pas passé le fait que les deux tourtereaux s’envoleront sitôt mariés pour les États-Unis afin d’échapper aux médias qui, depuis quatre ans qu’ils sont fiancés, les ont crucifiés au point de causer chez la princesse un traumatisme durable.

Pour comprendre cette fixette négative sur cette pauvre petite princesse triste, il faut d’abord savoir que la famille impériale japonaise est minuscule : 18 membres, pas un de plus. Or, sur ces 18 membres se concentre l’idée qu’un certain Japon se fait de lui-même.

Un Japon plutôt conservateur et nationaliste, pour qui les princes impériaux peuvent sans problème se marier avec des roturières – c’est par exemple le cas de l’actuelle impératrice Masako, épouse de l’empereur Naruhito. 

En revanche, les princesses, pas question !

En épousant un roturier, elle a dû non seulement renoncer à tous ses titres impériaux – et sans possibilité de jamais les recouvrer – mais en plus, elle a ostensiblement renoncé à l’argent.

Toutes les princesses impériales qui quittent la dynastie - il y en a déjà eu trois récemment – ont droit à une sorte de « soulte » prélevée sur les deniers publics d’environ un million de dollars. Une sorte de dot pour solde de tout compte. Un usage très humiliant et auquel elle a renoncé.

Pour une raison qui a encore déplu à la partie la plus rancie de la société japonaise : la princesse Mako est une femme d’aujourd’hui. Elle est chercheuse à la très prestigieuse université de Tokyo. 

En renonçant à ce privilège monétaire douteux, elle marque sa liberté.

Encore une fois, tout cela joue sur le symbole 

Le Japon est une des dernières monarchies au monde, avec l’Espagne et les pays arabes à appliquer strictement la primogéniture masculine, et ce en parfait décalage avec la modernité japonaise.

Car derrière ce mariage, il y a un enjeu féministe. Alors, on est au Japon : lorsqu’on a posé la question à la princesse Mako, elle a expliqué que son rêve était de "fonder un foyer chaleureux et confortable pour une famille pleine de sourires". Mais oui, derrière les sourires il y a bien la question de la place des femmes :

Les Japonaises sont, comme la princesse Mako, très qualifiées mais l’accès au marché du travail leur est quasiment interdit dès qu’elles ont un enfant.

Du coup, la natalité japonaise est catastrophique et le Japon est un pays de vieux qui perd un demi-million d’habitants par an. La princesse Mako est la première princesse impériale à dire "non" mais surtout à le faire savoir.