L'inauguration d'une statue de La Glaneuse de Sapri, l'équivalent italien de notre Marianne, suscite la polémique : trop explicitement érotique.

La Marianne de Delacroix, par exemple, à le sein nu mais elle conduit le peuple.
La Marianne de Delacroix, par exemple, à le sein nu mais elle conduit le peuple. © Getty / Alexis Sciard

Dans le sud de l'Italie, non loin de Naples, dans la petite ville de Sapri, se réunit un aréopage de dignitaires dont l'ancien Premier ministre Guiseppe Conte.

Première indice du problème, il n'y a que des hommes. Des hommes rassemblés pour inaugurer une statue de La Glaneuse de Sapri. Là, il faut un peu de contexte culturel. La Glaneuse de Sapri est, à l'origine, un poème composé en 1857 par Luigi Mercantini.

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Ce poème évoque une expédition héroïque, celle de Pisacane, qui vise à renverser les Bourbon-Sicile à Naples. C'est un prélude célèbre en Italie à la réunification de la Péninsule qui aura lieu quinze ans plus tard sous le commandement, notamment, de Garibaldi.

L'auteur imagine donc une Glaneuse, tombant amoureuse de Pisacane, le suivant et assistant à son massacre avec ses hommes. Tous les Italiens connaissent au moins ce vers tirés du poème : « Ils étaient 300, ils étaient jeunes et forts, ils sont tous morts ».

Donc, en inaugurant une statue de La Glaneuse de Sapri, à Sapri, ces politiques éminents honoraient l'équivalent transalpin de notre Marianne nationale et révolutionnaire. Tout y était : écharpes tricolores et hymne italien.

La catastrophe, c'est la statue elle-même. 

Comment la décrire ? Le sculpteur, Emanuele Stifano, a clairement fantasmé une Glaneuse callipyge avec poitrine généreuse, et épaules nues. C'est un voile qui la couvre – ou la découvre plutôt - et pas un vêtement.

Surtout, elle regarde en arrière, non pas éplorée par la mort de son héros et de ses 300 hommes, mais avec un léger sourire aguicheur. La photo de tous ces hommes d'un certain âge en complet veston, serrés autour de la statue, n'arrange rien au malaise.

Aussitôt, une pétition s'est mise à circuler, notamment au sein de l'association des femmes du Parti démocrate, marqué à gauche, contre cette « représentation archaïque et profondément sexiste d'une femme » et exigeant que la statue soit déboulonnée.

Que dit le sculpteur de ces réactions ?

Il a répondu sur Facebook qu'il était bouleversé et déprimé par ce qu'il lisait. Il admet avoir voulu représenter un idéal de femme et non une paysanne du XIXe siècle. Et il ajoute que, si on l'avait laissé faire, il l'aurait représenté entièrement nue.

Mais au fond, pourquoi cette représentation est-elle problématique - au delà du fait que c'est clairement un fantasme d'homme. Sommes-nous d'un coup devenu pudibond au point d'ignorer que les sculptures de femmes nues peuplent l'Histoire de notre art ?

En fait, cette Glaneuse italienne est, comme notre Marianne, avant tout une figure politique. Or l'auteur ne l'a pas héroïsé, il l'a érotisé. La Marianne de Delacroix, par exemple, a certes le sein nu, mais elle conduit le peuple et ça fait toute la différence.