Le complexe nucléaire nord-coréen de Yongbyon semble avoir repris du service. C'est une mauvaise nouvelle et un avertissement adressé aux Etats-Unis

Le site de Yongbyon
Le site de Yongbyon © Getty / Yongbyon

Vous le savez, la Corée du Nord, c'est mon pêché mignon ! Enfin, pas si mignon que cela, selon l’AIEA, l'Agence internationale de l'énergie atomique. Un rapport publié hier explique en effet que l'activité de la centrale nucléaire de Yongbyon semble avoir repris.

Ce n'est pas n'importe quelle centrale : c'est celle que les Nord-Coréens utilisent pour fabriquer le plutonium nécessaire à leur arsenal nucléaire qui, selon les experts, comprendrait de 30 à 60 bombes. Or toute activité avait cessé depuis décembre 2018.

En janvier dernier, les limiers de l'AIEA avaient commencé à noter des mouvements indiquant des manipulations de « crayons » nucléaires usagés. Ces mouvements ont duré 5 mois ce qui est bien trop long pour un simple renouvellement de combustible.

Surveiller les centrales nucléaires nord-coréennes

Depuis qu'en 2009 la Corée du Nord a expulsé les inspecteurs de l'AIEA, il n'y a qu'un moyen : les satellites d'observation. C'est comme cela que, début juillet, l'Agence a également remarqué que l'on approvisionnait Yongbyon en eau pour le circuit de refroidissement.

C'est très inquiétant parce que Pyongyang avait interrompu l'activité de cette centrale quelques semaines seulement avant la rencontre de 2019 entre le dictateur joufflu Kim Jong Un et le président chevelu Donald Trump. Une sorte de signe de bonne volonté.

En pure perte d'ailleurs : les Coréens du Nord ont proposé le démantèlement de cette énorme installation contre la levée des sanctions ; les Américains ont refusé l'offre, la jugeant moins disante. Fin de négociations mais pas de reprise de l'activité nucléaire.

L'arrivée de Joe Biden à la Maison blanche a tout changé

D'abord les Nord-Coréens ont attendu des signaux en provenance de Washington. Ils ont même attendu sagement. Puis rien n'est venu et pour cause : Joe Biden avait d'autres priorités en politique étrangère, à commencer par l'Afghanistan.

Malgré tout, Pyongyang a commencé à envoyer quelques signaux d'agacements. D'abord, les Nord-Coréens ont fait savoir, ce qui est très inhabituel, que la crise induite par la pandémie de Covid19 allait rapidement dégénérer en disette généralisée pour le pays.

Comme la réaction des Etats-Unis n'a pas été à la hauteur de leurs espérances, ils sont passés au courroux. Ils ont fait savoir combien ils étaient mécontents des manœuvres militaires conjointes des armées étasuniennes et sud-coréennes. Un classique !

Un avertissement et une invitation à négocier

Ça aussi, c'est un classique ! Vous connaissez l'axiome de kimologie ? Pour paraphraser Tintin : « quand Kim fâché, lui toujours faire ainsi ! ». C'est ce qui est fascinant avec la Corée du Nord : la prévisibilité et le timing parfaitement maîtrisé.

Ils ont attendu le dénouement de la crise afghane pour se rappeler aux bons souvenirs de Joe Biden... qui s'est empressé de faire savoir « que dialogue et diplomatie étaient urgents ». Ça tombe bien : Pyongyang ne demande rien d'autre... pour le moment !

Reste à voir si la stratégie étasunienne fonctionnera mieux que la précédente : elle a été définie par Joe Biden comme un moyen terme entre les sommets spectaculaires mais sans lendemain de Donald Trump et la « patience stratégique » de Barack Obama.