Choisir son médecin ça peut signifier aussi choisir la couleur de sa peau en Suède. C'est en tout cas le résultat d'une enquête choc du quotidien Dagens Nyheter

Des journalistes ont appelé des établissements de santé et ont exigé d'être vus par des soignants "ethniquement suédois" : 51 ont accepté sans broncher
Des journalistes ont appelé des établissements de santé et ont exigé d'être vus par des soignants "ethniquement suédois" : 51 ont accepté sans broncher © Getty / Maskot

Une enquête fait scandale en Suède

Une enquête du Dagens Nyheter, le grand quotidien stockholmois. Une enquête qui a nécessité une équipe entière de journalistes. Le but : démontrer qu'il était possible de demander dans des cliniques que son docteur soit blanc et non étranger.

Les journalistes ont appelé 120 établissements de santé, se faisant passer pour des patients et ont exigé d'être vus par des soignants suédois.

Mais comme on peut être Suédois et d'origine étrangère, les journalistes spécifiaient bien « ethniquement suédois ».

Le résultat est atterrant : 40 cliniques ont refusé tout net, mais 51 ont accepté sans broncher.

Un secrétariat médical a même répondu, je cite : « nous avons Marta, Sanna et Elsa. Trois femmes à la peau claire ». Vous imaginez le scandale au pays de l'égalité.

Discriminations contre liberté de choix du médecin

Bien sûr que si ! Il y a même une ministre de l'Egalité qui a immédiatement fait savoir que ces pratiques étaient inacceptables. Mais il y a aussi une loi qui date de 2010 et qui a tout changé en Suède. Avant, il était impossible de choisir son médecin.

Votre adresse vous assignait à un centre de santé, point barre. A compter de 2010, les Suédois ont pu choisir librement leur docteur. Du jour au lendemain, les médecins, qui sont payés à l’acte, ont été mis en concurrence et se sentent obligés de complaire à leurs patients, parfois donc jusqu'à la discrimination.

Un phénomène en constante augmentation

Non : ce n'est pas parce qu'un centre de santé accepte ce genre d'exigences qu'il en reçoit beaucoup. En fait ces demandes de « médecins suédois blancs » restent largement minoritaires. Mais elles sont, par contre, en constante augmentation.

L'explication est assez simple : contrairement à la France qui a une longue tradition d'immigration et dont la population étrangère est constante depuis un demi-siècle, la Suède, elle, a vu sa population immigrée doubler en moins de vingt ans.

Résultat : les Démocrates de Suède, le parti d'extrême droite anti immigration, est donné à 20% des intentions de votes. Or, en Suède, lorsqu'un parti obtient 20% des voix, il obtient 20% des sièges au Parlement. Ce qui fragilise les coalitions gouvernementales et influence tout l’arc politique.

Le Premier ministre démissionne

C'était il y a un peu plus d'une semaine : Stefan Löfven qui était Premier ministre depuis presque 7 ans, a annoncé qu'il démissionnerait de ses fonctions en novembre, après le congrès du Parti social-démocrate. 

Or justement, il est tombé à cause d’une loi jugée discriminatoire !

Il s'agissait d'un projet de loi visant à libéraliser en partie les loyers. Or, en Suède, les loyers sont négociés pied à pied pour tout le monde entre associations de propriétaires et de locataires. Certains auraient vu leurs loyers évoluer librement et d'autres non.

Une rupture d'égalité même symbolique qui a déplu aux membres les plus à gauche de sa coalition. En clair, on ne voulait pas, à gauche, refaire l'erreur de cette loi de 2010, lorsque les Suédois ont pu choisir leur médecin et, donc, choisir la couleur de leur peau.