Record battu : jamais les Espagnols n'avaient payé si cher leur électricité. Le gouvernement de Madrid a dû présenter un plan d'urgence pour calmer cette surchauffe.

En Espagne, la facture d'électricité augmente
En Espagne, la facture d'électricité augmente © Getty / Oscar Martín

Je vous emmène en Espagne ce matin... pour un cri. Un cri qui s'étale à la une de tous les quotidiens depuis plus d'une semaine : un cri d'effroi, un cri viscéral : le cri de l'Espagnol devant sa facture d'électricité mensuelle.

Ça commence par le prix de l'électricité du Mw/h payé par l'Espagne qui battra un nouveau record historique à 172€ le Mw/h ! 

Jamais ça n'avait coûté aussi cher ! 

L'Espagne est donc le pays qui paie son électricité le plus cher dans l'Union européenne. En un an, la facture a grimpé d'un tiers et a atteint ce record absolu.

D'abord, il y a une raison que toute l'Europe connait : une reprise économique très forte et qui signifie une explosion de la demande électrique. Mais il y a aussi des spécificités bien espagnoles qui poussent à la hausse.

Un été et une arrière-saison torrides signifie de l'air conditionné partout

Une interconnexion électrique avec la France insuffisante qui empêche l'Espagne d'importer plus d'électricité bon marché en provenance de nos centrales nucléaires.

Pour compenser Madrid importe du gaz naturel... Or, c'est ballot : le prix du gaz explose aussi notamment celui importé d'Algérie dont l'Espagne est très dépendante.

Comme en plus brûler du gaz, c'est émettre du CO2, il faut acheter en quantité des droits d'émission sur le marché européen pour compenser.

Le prix des droits d'émission de CO2 qui explosent aussi

A 62€ la tonne, c'est aussi un record ! Enfin, dans le même temps, le gasoil a augmenté en Espagne comme en France : en moyenne, c'est 20€ de plus pour un plein puis mars. Les salaires espagnols, par contre, n'ont rien à voir avec les nôtres.

En réponse, le gouvernement a dû présenter un plan en urgence. D'abord, toutes les taxes payées par les particuliers sur l'électricité ont été abaissées, certaines à presque rien.

Ensuite, le gouvernement a décidé de confisquer les superprofits réalisés par les compagnies électriques ces derniers mois : comme l'augmentation des tarifs de l'électricité) dure depuis juin, les Compagnies ont amassé des milliards.

C'est cet argent, près de 2 milliards et demi d'euros, qui leur sera repris et qui sera redistribué aux consommateurs. Après tout, c'est un gouvernement très à gauche qui gouverne l'Espagne.

Les centrales nucléaires réagissent mal

Sauf que d'une part ces mesures sont limitées dans le temps : les taxes seront de retour dès janvier et, d'autre part, la confiscation des profits, c'est un fusil à un coup. De plus, les compagnies d'électricité ont décidé de ne pas se laisser tondre sans réagir.

L'Union des centrales nucléaires espagnoles – qui produit tout de même un quart de l'électricité du pays – a menacé de fermer toutes ses installations d'un coup, ce qui ajouterait la confusion à la pénurie.

Quant aux autres, elles ont promis de traîner Madrid devant toutes les cours de justice possibles. Conclusion : on risque d'entendre encore longtemps le cri désespéré de l'Espagnol découvrant sa facture d'électricité.