Berlin a mis plus de 650 millions d'euros de côté pour indemniser 6 500 victimes supplémentaires de la Shoah. Une décision historique.

Des rescapés du siège de Leningrad
Des rescapés du siège de Leningrad © AFP / KUDOYAROV BORIS / SPUTNIK

On part en Allemagne ce matin qui a pris une décision courageuse. Celle d’indemniser 6 500 survivants de la Shoah qui jusqu’à présent n’avaient pas été pris en compte. Il faut savoir qu’en tout, l’Allemagne a versé en 70 ans près 80 milliards d’euros de réparations aux victimes juives du nazisme.

Quelques 700 millions d’euros en plus qui sont donc une infime partie des sommes engagées, dès la fin de la guerre, après l’aveu de culpabilité historique du premier chancelier de l’Allemagne de l’Ouest, Konrad Adenauer.

Mais ce qui rend cette décision historique, et aussi assez étonnante, c’est que l’essentiel de ces 6 500 survivants sont des Juifs russes qui ont subi tout ou partie du siège de Leningrad entre septembre 1941 et janvier 1944.

900 jours de siège épouvantable. Un peu d’histoire 

Le siège de Leningrad a duré environ 900 jours et plus d’un million d’habitants sont morts de faim. Pour tenir, on a tué tous les chevaux, tous les animaux domestiques et mangé jusqu’à l’herbe des parcs et jardins.

C’est un des épisodes les plus épouvantables de la Seconde guerre mondiale. Mais ce qui peut paraître étonnant dans cette décision allemande, c’est que seuls les survivants juifs sont concernés par ces réparations.

L’explication est toute simple : les derniers survivants juifs ont produit des dizaines de tracts dispersés par avion par les forces allemandes, les accusant d’être responsables de la guerre et des malheurs russes : ils étaient donc spécifiquement visés par la haine nazie en plus d’être affamés comme les autres.

Enfants juifs cachés en France et Roumanie

Il y a aussi entre un et deux mille enfants juifs cachés en France et en Roumanie pendant la guerre. Pour la première fois eux-aussi vont bénéficier d’une pension de l’Allemagne.

Pour beaucoup d’entre eux, cet argent est d’ailleurs un vrai soulagement. On sait que la moitié des survivants de la Shoah vit en dessous du seuil de pauvreté, surtout d’ailleurs en Europe de l’Est et en Russie.

Enfin, toutes les associations qui les représentent rendent hommage à l’Allemagne et à ses dirigeants. C’est le cas de la Claims Conference, une association étasunienne très impliquée dans ces négociations qui écrit :

L'Allemagne est une inspiration pour tous : qui aurait imaginé qu’elle serait allée aussi loin dans la reconnaissance de sa responsabilité

En dehors de l’aspect financier, il y a aussi la partie judiciaire

Hier, un ancien garde du camp d’Oranienburg, près de Berlin, a été présenté devant un juge. Il est soupçonné d’avoir, volontairement et en toute connaissance de cause, aidé au meurtre de 3 518 prisonniers. Josef Shuetz a aujourd’hui 100 ans.

Son cas suit d’une semaine la comparution d’une femme de 96 ans, ancienne secrétaire d’un camp d’extermination nazi, qui avait retenu l’attention des médias allemands parce qu’elle avait tenté de s'enfuir le matin même de son procès.