Une centaine d'objets précieux saisis en Norvège, après plus de 17 000 rendus en août : la restitution de biens archéologiques spoliés pendant la guerre bat son plein.

Parmi les trésors rendus, des tablettes couvertes de cette écriture cunéiforme. Ici des vestiges avec de l'écriture cunéiforme à Mossoul en 2002
Parmi les trésors rendus, des tablettes couvertes de cette écriture cunéiforme. Ici des vestiges avec de l'écriture cunéiforme à Mossoul en 2002 © Maxppp / Didier Saulnier

Direction la Norvège ce matin, pour une opération policière... De celles qui mettent de bonne humeur : la police norvégienne a saisi dans le sud-est du pays un véritable trésor. Une centaine de statuettes, de tablettes et d'objets datant de plusieurs millénaires et provenant tous de Mésopotamie.

On y trouve notamment des tablettes couvertes de cette écriture cunéiforme qui est considérée comme la première au monde et même une pierre appartenant à une ziggourat (une tour à degré) restaurée par le roi Nabuchodonosor II, c'est écrit dessus !

Autrement dit, cette pierre provient de l'antique Tour de Babel biblique ou du moins de l’une des plus sérieuses candidates archéologiques. Bref, une opération de police impeccable, une restitution à venir et cependant... aucune arrestation !

Le coupable est un amateur d'art 

C'est justement ce qui est intéressant avec cette opération de police : cet ensemble appartenait à un collectionneur privé qui a tout acheté légalement à des marchands ayant pignon sur rue ou sur Internet. C'est une collection d'amateur !

Mais il s'agit tout de même à l'origine du produit du pillage des sites archéologiques et musées d'Irak. Le propriétaire va donc se battre pour faire valoir ses droits et Bagdad devra sérieusement documenter ses réclamations.

Sauf que l'Irak ne sera pas seule : la Norvège, dans cette affaire, a choisi le camp de Bagdad, et il y a aussi ce programme de l'UNESCO : le Comité « Retour et Restitution » et sa « liste rouge » d'objets pillés interdits d'enchères et de salles de vente.

Le "rêve de Gilgamesh"

Le butin le plus important jamais restitué l'a été début août par les Etats-Unis : plus de 17 000 objets. Parmi ces objets, se trouvait une merveille absolue : une tablette rarissime, vieille de 3 500 ans. La tablette dite du « rêve de Gilgamesh ».

Il faut comprendre que la plupart des tablettes d'argile couvertes d'écriture cunéiforme sont des livres de compte ou, au mieux, des décrets administratifs. Or cette tablette contient un des premiers textes littéraire de l'Histoire : une partie de l'Epopée de Gilgamesh.

Elle a été volée en 2003 au musée de Bagdad, puis elle a été acquise par un marchand d'art londonien peu scrupuleux avant d'être revendue à un collectionneur de l'Oklahoma qui était si fier de son achat qu'il l'a prêté à un musée de Washington !

Des vols, des pillages et de la camelote

Le tout a été saisi mais seulement en 2019 ! Autrement dit, il a fallu près de 20 ans pour que cette affaire – exceptionnelle – de pillage caractérisé et de vol d'antiquité trouve une fin heureuse. C'est dire toute la difficulté et la rareté de ces opérations de restitution.

Le pire, c'est que ces objets rencontrent un succès alimenté par les Eglises évangéliques aux Etats-Unis et partout dans le monde : ces églises souvent très riches se passionnent pour les objets antiques en provenance du Croissant fertile, lieu d'origine de la Bible.

C'est notamment le cas du richissime Musée de la bible de Washington, fondé par les Evangéliques, qui a raflé sur le marché des dizaines d'objets précieux, souvent d'origine douteuse. Au point parfois de se faire refourguer de la camelote !

16 fragments de « rouleaux biblique de la Mer Morte » acquis à grands frais par le musée en 2016 et qui était le clou de sa collection, étaient des faux grossiers : les fragments – tous modernes, tous faux – ont été piteusement retirés 4 ans plus tard.