L'Egypte se prépare à inaugurer en grandes pompes le Grand musée égyptien de Gizeh à l'ombre des pyramides. Il reste à faire disparaitre le bidonville qui les jouxtait.

Près de Gizeh, des quartiers pauvres
Près de Gizeh, des quartiers pauvres © Getty / Thierry Tronnel/Corbis

Direction l'Egypte ce matin pour une actu et un mystère

L'actu, c'est l'ouverture au public, après presque 15 années de restauration, de la tombe du pharaon Djozer qui a vécu il y a plus de 4 500 ans.

Une merveille ce site avec sarcophage monumental de pierre et labyrinthe de couloirs qui se trouve à Saqqara, à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale Le Caire.

Or l'ouverture d'une nouvelle attraction archéologique en Egypte signifie que le pays prépare sa saison touristique d'hiver. Il la prépare d'autant plus, et c'est le mystère de cette histoire, que bientôt on devrait inaugurer le Grand Musée égyptien de Gizeh.

Le suspense de l'inauguration du Grand musée égyptien de Gizeh

Toujours pas de dates et le suspense reste entier.

Surtout, il est savamment entretenu par les autorités égyptiennes qui savent combien le pays dépend du tourisme pour faire entrer les précieuses devises étrangères : un Egyptien sur sept travaille dans ce secteur.

En avril dernier, les images avaient fait le tour du monde, 18 pharaons et 4 reines d'Egypte avaient traversé la capitale égyptienne sur des affuts de canons et en sons et lumière pour rejoindre leur nouvelle demeure et ses 100 000 objets et trésors exposés.

C'était le début de l'opération reconquête pour le tourisme égyptien qui souffre encore des années terribles qui ont suivi la Révolution du 25 janvier 2011. Mais surtout, il a fallu faire le ménage autour du sphinx et des splendides pyramides de Gizeh.

Faire disparaître un quartier entier d'échoppes et de vendeurs à la sauvette

Tous ceux qui connaissent Le Caire et Gizeh se souviennent que, collé aux Pyramides, s'étendait un quartier construit de bric et de broc, mêlant boutiques de souvenirs, souks, loueurs de chevaux et de chameaux, restaurants et habitations des vendeurs et racoleurs.

Sincèrement, le quartier en question, Sin Al Agouz, avait plutôt des allures de bidonville. Mais en plus d'un siècle d’existence, c'était aussi devenu un vrai village, avec ses places, ses livreurs de thé et ses vendeurs de papyrus de très mauvaise facture.

Sauf que ça, c'était avant : avant que le Grand musée Egyptien ne sorte de terre, qu'un hôtel 5 étoiles ne soit construit dans les environs et avant que l'on ne détruise ces scories architecturales pour dégager les pyramides et surtout le centre flambant neuf qui fera bientôt office de billetterie géante.

Relogés gratuitement mais dans un quartier sans âme

Cachez ces pauvres que les touristes ne doivent plus voir ! Les bulldozers ont commencé leur travail de sape dès le mois de janvier et petit à petit, ils font tout disparaître. Aussi pour le meilleur, il faut le dire :

Beaucoup de familles de Sin Al Agouz ont été relogées gratuitement dans des immeubles construits par l'armée non loin de là. Et c'est un mieux, tant les bidonvilles du Caire sont notoirement insalubres. Sauf qu'il n'y a rien dans ces quartiers :

Ni boutiques, ni transports, ni écoles, ni commerce ; des immeubles, de la terre battue et Yallah ! En clair : les Pyramides ont peut-être gagné en lisibilité architecturale et en grandeur, mais Le Caire a perdu en poésie et en rumeur populaire.