Plusieurs auteurs et autrices invités au Salon du livre de Francfort ont décidé de ne pas venir. En cause, le stand d'un éditeur d'extrême-droite.

Le boycott du Salon de Francfort par Jasmina Kuhnke a été suivi par d’autres écrivains
Le boycott du Salon de Francfort par Jasmina Kuhnke a été suivi par d’autres écrivains © Getty / Susannah V. Vergau / DPA / dpa Picture-Alliance

Direction le Salon du livre de Francfort ce matin. Il a été officiellement inauguré mardi mais ne sera ouvert au public qu’à compter d’aujourd’hui et pour tout le weekend. C’est le plus grand salon littéraire au monde : pas moins de 1 500 exposants cette année, venus de 70 pays.

Même si l’édition 2021 fait pâle figure à côté des 7 500 exposants de 2019, venus d’une centaine de pays. L’année dernière, vous l’imaginez bien, il avait été tout simplement annulé.

Reste que pour entrer cette année, il faudra tout de même montrer patte blanche - donc passe sanitaire. De plus, une jauge maximum de 25 000 visiteurs par jour a été instaurée. On se consolera donc avec la présence de plus de 200 auteurs et autant de table-rondes, de rencontres, de signatures. Sauf si la polémique emporte tout…

Le salon, l'autrice noire et l'extrême-droite

Tout a commencé lundi par une lettre de l’autrice noire allemande Jasmina Kuhnke. Elle y explique combien elle est a été choquée d’apprendre qu’à deux pas de la table ronde à laquelle elle devait participer se trouve le stand d’un éditeur d’extrême-droite.

En conséquence, conclut-elle, « ne me sentant pas en sécurité, j’ai décidé de boycotter le salon du livre de Francfort ». Il faut dire que Jasmina Kuhnke est régulièrement menacée de mort par des extrémistes de droite et que son adresse a même été publiée sur internet.

Le directeur du salon défend son choix du "débat d'idées"

Aussitôt publié, le boycott de Jasmina Kuhnke a été suivi par d’autres écrivains : Nikeata Thompson, Annabelle Mandeng, Riccardo Simonetti ont eux aussi annoncé l’annulation de leur venue à Francfort tout comme le Centre éducatif Anne Frank… une prestigieuse institution francfortoise rassemblant plusieurs associations culturelles, qui a elle-aussi exprimé sa solidarité avec Jasmina Kuhnke.

A l’inverse, le directeur du Salon, Jürgen Boos, a défendu son choix de maintenir l’éditeur d’extrême-droite : « Tant que l’expression d’une opinion ne viole pas la loi, tout le monde doit pouvoir participer au débat d’idées que promeut le salon de Francfort ». Et il regrette que Jasmina Kuhnke n’adhère pas à ce principe tout en assurant que sa sécurité était garantie.

Ce n’est pourtant pas la 1ère fois que la présence de l’extrême-droite fait polémique au Salon du livre de Francfort. En 2017 déjà, la police avait dû intervenir pour séparer les opposants à la présence d’un éditeur notoirement lié à l’AFD, le parti d’extrême-droite.

L'extrême-droite à la peine dans les urnes

C’est tout le paradoxe de cette histoire : cette polémique intervient alors que l’extrême-droite a nettement reculé lors des élections législatives de fin septembre : elle est passée de 12,6% à un peu plus de 10%. C’est 11 sièges de moins qu’en 2017.

L’Alternative pour l’Allemagne, ou AfD, était à l’époque devenu le troisième parti d’Allemagne : il se traîne aujourd’hui à la cinquième place. La polémique de Francfort a donc des allures de baroud d’honneur pour une extrême-droite allemande en perte de vitesse.