Dans deux jours, sortira le film « Les Misérables » de Ladj Ly, Prix du Jury au Festival de Cannes 2019, qui met en scène avec une autorité de maître du septième art un trio de policiers de la BAC dans les rues de Montfermeil en Seine-Saint-Denis dans une histoire forte, imaginée par Ly après avoir filmé une bavure...

Onze ans après cette bavure policière : il a dû avoir du mal à trouver des ronds ce réalisateur. J’ai eu de la chance de le voir en avant-première, c’est le privilège de mon premier métier, voire le second peut-être maintenant, c’est comme Meurice, son second métier c’est conférencier au mèdef maintenant, bon, conférencier à l’extérieur de la salle mais ça discute autant qu’à l’intérieur. 

Le film mérite tous les qualificatifs de la presse, « la claque », le « coup de poing », le « choc », « le coup à l’estomac » même si on peut s’interroger sur la métaphore de la bagarre dans le langage de cette critique majoritairement blanche et bourgeoise. 

Personnellement je trouve le film très subtil dans sa construction scénaristique, très soucieux de renouveler la thématique « tarte à la crème de flics en banlieue », très responsable dans sa façon de distribuer les personnages, leurs enjeux, leurs questionnements, leurs rôles dans un théâtre social si compliqué qu’il en paraît indémêlable. 

On dit souvent à tort que la banlieue c’est le « Bronx » pour en stigmatiser la violence mais on devrait plutôt dire « beyrouth » pour en relever la complexité. Car c’est vraiment le point de vue de l’auteur qui pour le coup change la donne. 

Policiers de la bac, voyous, enfants déscolarisés, grands frères corrompus et autorités religieuses, tout le monde est prisonnier de cette zone à quinze kilomètres de paris mais qu’on met une heure et demie à rejoindre en transport en commun , autant qu’un aller paris Deauville en Audi A4. Et cet éloignement est un acte manqué de l’élite pour se protéger. Ladjy Ly possède une telle maîtrise qu’il réussit à la fois à saisir ce réel qu’il connaît par cœur et à écrire un scénario qui mette tout ça en perspective : la misère sociale, l’urbanisme déficient, l’isolement peri-urbain, les embrigadements religieux, les conflits communautaires, et à en faire un spectacle très émotionnel, sans putasserie, c’est à noter.

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