Comme il n’y a pas que les élèves de Première qui passent le bac cette année, nous allons aussi soutenir les élèves de Terminale dans leur amour de la sagesse - et dans leurs révisions du programme de Philo. Cette semaine, je vais donc vous parler de Freud et de l’inconscient....

Pour commencer, je me suis replongée dans Le Moi et le Ça, écrit en 1923 par le Maître de la psyché. Le plus étonnant, avec Freud, est sans doute de constater combien les notions d’inconscient, de pulsion de vie et de pulsion de mort font aujourd’hui partie de notre vocabulaire, au point que nous les remarquons à peine. Nous sommes imprégnés de culture psychanalytique. 

Dans Le Moi et le Ça, Freud écrit que la conscience « forme la surface de l’appareil psychique , autrement dit, nous voyons dans la conscience une fonction que nous attribuons à un système qui, du point de vue spatial, est le plus proche du monde extérieur. » Un peu comme si la conscience était la surface de la Terre, et le psychisme était, de surcroît, tout ce qu’on ne voyait pas : profondeurs des océans, nappes phréatiques, toutes ces choses que l’on néglige et que l’on pollue, et qui soudain déclenchent des tempêtes....

Il faut bien voir que lorsque Freud balance cette bombe, à l’aube du 20e siècle,  – nous ne sommes pas aussi moraux que nous le croyons, nous ne contrôlons pas nos rêves, nous ne contrôlons pas nos lapsus, et tout ce que nous ne contrôlons pas en dit plus long sur nous que ce que nous croyons contrôler – c’est une révolution. Parce que depuis Descartes, lorsque nous disons « Je » nous entendons par « Je » une personne unique, une personne qui pense. Et Freud nous dit qu’il y a au moins trois pilotes dans l’avion... une personne qui pense, une personne qui fait l’amour et une personne qui punit. Le Moi, le Ça et le Surmoi, un peu comme le Bon, la Brute et le Truand (vous vous souvenez du chef d’œuvre de Sergio Leone ?)

Commençons par la Brute, le Ça. La Brute est simple, le Ça n’a qu’une envie, faire ça tout de suite. Il a faim de ça, il a envie de ça, il est en colère. Il est comme ça, le ça. Freud le compare à un cheval fougueux, dont le malheureux Moi serait le cavalier, mais en réalité un cavalier contraint de suivre son cheval, tout en rationnalisant et en se disant après coup que oui, oui, c’est bien par là qu’il voulait aller.

Le Surmoi, c’est le Truand. Pourquoi ? Parce que le Surmoi se fait passer pour un champion de la morale, un modèle de vertu, mais en vérité, c’est un sadique. Le Surmoi, c’est votre flic intérieur, celui qui vous dit, tu n’aurais pas dû, tu es nul, tu devrais, il fallait, il faudrait, il faut pas. Le flic qui a l’air de vous arrêter pour un motif valable, mais qui n’a qu’une envie, se défouler sur quelqu’un - en l’occurrence, sur vous.

Et le Moi, dans tout ça, ce serait le Bon. Vous vous souvenez peut-être que dans le western de Sergio Leone, le Bon n’est pas si bon que ça. Votre esprit est plus proche de la flamboyance du théâtre antique que du monde pastel des Bisounours (faut-il le regretter ?) Et le Moi, le moi se débrouille comme il peut au milieu de ces vents contraires, « comme une pauvre créature », écrit Freud dans le Moi et le Ça, « soumise à une triple servitude et vivant de ce fait, sous la menace d’un triple danger : le monde extérieur, la libido du ça, et la sévérité du surmoi. » 

C’est donc assez compliqué pour le Moi. Mais la bonne nouvelle c’est que cette complexité, cette difficulté, cette lutte, c’est la vie elle-même. La pulsion de mort c’est l’immobilisme, la paralysie, l’inertie. Tant que la vie est difficile, tant que nous sommes pris dans des contradictions, tant que nous échouons, que nous recommençons, que nous rêvons des rêves impossibles, nous sommes vivants et nous sommes passionnés.

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