Aujourd’hui, le philosophe invité de cette chronique est un grand, un immense philosophe des sciences : le fascinant Karl Popper.

Je me souviens encore de notre appréhension, à l’époque où le prof de philo, nous avait parlé de « philosophie des sciences ». On se dit qu’un philosophe des sciences comprend à la fois la métaphysique et les équations, qu’il doit avoir une sorte de double visage ou de super-pouvoir.

Hé bien, c’est vrai. Karl Popper avait des visages multiples. Avant de devenir philosophe, il a d’abord été ébéniste et travailleur social. Popper, c’est un homme du vingtième siècle, il est né en 1902 à Vienne. Son parcours n’est pas classique. Il se débrouille pour fréquenter l’université, tout en travaillant comme ébéniste, avant de passer le baccalauréat sur le tard, à vingt ans. Il passe alors un doctorat de psychologie et commence à travailler d’arrache-pied à son premier livre, Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance. Nous sommes à Vienne, nous sommes dans les années 30, Popper vient d’une famille d’origine juive, sentant se lever le vent mauvais du nazisme, il fait tout pour partir. Il est finalement nommé professeur en Nouvelle-Zélande, où il restera jusqu’à la fin de la guerre, pour faire ensuite sa carrière à Londres.

Que nous dit Karl Popper ? Impossible de résumer sa pensée en trois minutes (surtout que je viens de passer une minute et demie à vous raconter sa vie) mais l’un des aspects le plus fascinant de cette pensée, c’est que pour Popper, une théorie n’est scientifique que si elle est réfutable, si on peut s’y opposer. Une théorie, ou une pensée à laquelle il n’est pas possible d’apporter de contradiction n’est pas... scientifique.

Pour le dire encore plus brutalement : Quelqu’un qui s’imagine avoir toujours raison a forcément tort. Une théorie qui se veut infaillible, ou qui s’en donne l’air, est forcément fausse. 

La vérité n’est pas du côté de celui qui a toujours raison, mais de celui qui accepte de se tromper. C’est fort, non ? 

Il faut comprendre que Popper, c’est un homme des années 30. Il a vu l’essor de la psychanalyse, de la théorie de la relativité et de la physique quantique. Pour lui, la possibilité de la contradiction, de l’erreur, de l’indétermination, c’est le signe de la vérité. Pour le dire d’une façon romanesque, tout ce qui est vrai est forcément à double tranchant, ambivalent, changeant. La psychanalyse fondée par Freud, par exemple, n’est pas une théorie scientifique aux yeux de Popper. Puisque tout refus de la psychanalyse est interprété par le psychanalyste comme une résistance à la psychanalyse, la psychanalyse ne se laisse pas réfuter, selon Popper, elle désamorce d’emblée la contradiction. Donc ce n’est pas une science – plutôt un choix métaphysique, dirait Popper.

Petit exercice pour nos auditeurs... Qu’aurait pensé Karl Popper de la façon dont nous considérons l’économie ? Guillaume, à votre avis... ... l’économie est-elle une science ? Popper aurait probablement répondu que non. Qu’à partir du moment où l’économie se veut la seule grille de lecture du monde, à partir du moment où toutes nos actions sont censées être rentables, la rentabilité se voulant un motif nécessaire, premier – infaillible - alors la toute-puissance de l’économie n’est pas réelle. C’est un choix métaphysique, plutôt qu’une vérité scientifique. Un choix est quelque chose que nous pouvons transformer.

Merci Karl Popper. Bon jour 46 à tous, et à la prochaine fois.

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