Le cheveu n’a rien perdu de sa signification symbolique, même si les légendes contemporaines ressemblent à des pleins paniers de préjugés. Pour le constater, il suffit de regarder quelques publicités.

Comment les coiffer lorsqu’il pleut, faut-il les laisser pousser ou pas, les teindre ou pas, est-ce que le blond abîme ? Si nos cheveux sont l’objet de conversations dramatiques ou futiles, les légendes ne laissent aucun doute : les cheveux représentent la force vitale, comme ceux de Samson coupés par la traîtresse Dalila, ou ceux de la princesse Raiponce, coupés par la sorcière. Quant à leur couleur... le blond, ou plutôt l’or, les cheveux d’or sont le symbole d’un pouvoir magique, quelque chose que le héros ou l’héroïne doit dérober sur la tête d’un animal sauvage, à moins bien sûr, que la blondeur naturelle de la princesse ne soit le garant de sa séduction et de sa bonté d’âme. Les cheveux noirs, quant à eux, indiquent plutôt un karma familial lourd à porter, un obscur secret des origines, comme les cheveux de gitan de Heathcliff dans les Hauts de Hurlevent ou les cheveux noirs et le teint pâle de Blanche-Neige. Les cheveux roux sentent le pacte avec le diable. Quant aux cheveux châtains, qui sont pourtant les plus répandus, on n’en parle pas beaucoup dans les contes, trop normaux sans doute.

 Aujourd’hui, le cheveu n’a rien perdu de sa signification symbolique, même si les légendes contemporaines ressemblent à des pleins paniers de préjugés. Pour le constater, il suffit de regarder quelques publicités. Vous le remarquerez, lorsqu’il s’agit de vanter un produit ménager, les prestations d’une société de service à la personne, ou de nettoyage à domicile, la photo montre des femmes et quelques hommes aussi - car nous sommes au vingt-et-unième siècle et l’empathie, le dévouement, l’esprit de sacrifice ne sont plus réservés aux femelles – des femmes et quelques hommes, donc, mais tous bruns. Est-ce que cela signifie que les personnes blondes n’ont aucune empathie ni aucun esprit de sacrifice ? Non, pas du tout, ce serait mal comprendre la profondeur du message publicitaire. Ce code capillaire veut-il nous prévenir que le Nord pollue, pendant que le Sud nettoie ? Non plus. Ce que l’oracle publicitaire nous dit, dans sa sagesse, c’est tout simplement que les blonds regardent l’affiche pendant que les bruns gardent les enfants ou nettoient le salon. Dans le monde publicitaire, les blonds sont riches et les bruns sont pauvres, c’est une sorte de convention, comme la jupe du petit personnage sans yeux qui indique les toilettes des femmes. Pourtant c’est faux. Nous connaissons tous des femmes en pantalon, des blonds fauchés et des bruns pleins aux as. La photo raconterait autre chose, elle raconterait tout simplement quelque chose, si un employé blond aux yeux bleus couvait d’un regard attendri une vieille femme au regard sombre. Mais non. Cette histoire-là est censurée, comme le passage où le prince se crève les yeux sur des ronces dans le conte de Rainponce, un passage censuré par Disney. Certaines choses sont trop cruelles pour le consommateur.

Il y a aussi des publicités dont le héros est brun. Du moins, avec des cheveux ondulés. No bet, no game, ça vous dit quelque chose ? Les applications de pari en général semblent oublier que l’addiction au jeu, et l’addiction tout court, peut aussi frapper les blonds. Là encore, un jeune homme blond avec une raie sur le côté, fixant l’objectif d’un air illuminé, après avoir flambé tout l’argent de son père, tel un héros de Dostoïevski, ça raconterait quelque chose d’intéressant et peut-être de plausible. Mais ça n’intéresse pas la publicité.

Enfin, il y a les châtains. Très présents dans les publicités pour sites de rencontres et pour crédits immobiliers, puisque là, il s’agit de démontrer que tout le monde est concerné. Et c’est vrai. Tout le monde est concerné par l’amour et l’argent, et tout le monde s’identifie au héros châtain. Même si pour le crédit immobilier, la photo montre le plus souvent un homme châtain serrant la main d’un banquier homme châtain lui aussi, qui lui tend d’un geste viril la clé de sa maison, pendant que la femme châtain sourit, éperdue de reconnaissance, un peu à l’arrière-plan.

Tout cela pour dire que les histoires les plus merveilleuses restent encore à inventer.

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