Au programme du bac philo, cette année, il y a Les pensées de Marc-Aurèle. C’est un livre simple comme un journal intime et en même temps si vertigineux, d’une actualité si éternelle que j’ai envie de prévenir ceux qui vont le découvrir cette année : il ne va plus vous quitter, ce livre-là.

Vous le lirez, vous l’oublierez, vous le retrouverez, il vous dira des choses que vous avez besoin d’entendre. Ce sera comme un ami qui grandira avec vous...

On se fait souvent du stoïcisme une idée un peu caricaturale. Tu vas chez le dentiste, sois stoïque. Ton mec t’a quittée, sois stoïque. Tu es confinée, sois stoïque. Mais le stoïcisme, et en particulier ce qu’on appelle le stoïcisme impérial, car Marc-Aurèle était empereur, n’a rien à voir avec une façon de serrer les dents. Le stoïcisme croit au pouvoir de l’esprit. Ce que croient les stoïciens, c’est que vous avez toujours le pouvoir de choisir votre façon de réagir à une situation donnée, et que dans un sens, votre façon de réagir, en transformant vos perceptions, peut – parfois - transformer la situation. Comme le dit Marc-Aurèle : « La substance du Tout est docile et plastique. » On est plus proche d’une vision orientale, presque taoïste du monde, que d’une façon de serrer les dents. 

Et pourtant, Marc-Aurèle savait sans aucun doute serrer les dents, et aussi monter à cheval, chasser, combattre puisqu’il a été empereur de Rome de l’an 161 après JC jusqu’à sa mort en 180, probablement de la peste, en pleine campagne contre les barbares sur les bords du Danube. 

L’empereur stoïcien aurait voulu consacrer sa vie à la philosophie et à la spiritualité, le destin l’a appelé à l’action et à la guerre. 

Lui qui aurait voulu passer son existence à méditer l’a consacrée à combattre les invasions barbares au nord de l’Empire, à lutter contre les rebellions en Syrie, et contre la peste qui se propageait à Rome. C’était aussi le genre de dirigeant qui, pour ne pas lever d’impôt alors que les citoyens avaient été durement éprouvés par la maladie, préféra faire vendre aux enchères tous les objets précieux de son palais. Ça fait rêver, non ?..

C’était quelqu’un comme ça, Marc-Aurèle. 

Le philosophe, au sens, antique, c’est quelqu’un comme ça. Pas tant un érudit que quelqu’un qui met sa philosophie en pratique. Il y a quelque chose de profondément optimiste chez Marc Aurèle lorsqu’il parle du pouvoir de l’esprit, et même de la façon dont nous pouvons choisir nos pensées pour cultiver un état d’esprit, plutôt qu’un autre : « Telles que sont le plus souvent tes pensées », écrit Marc-Aurèle, « telle sera ton intelligence, car l’âme se colore par l’effet des pensées. » Attention, Marc-Aurèle n’est pas pour autant un adepte de la pensée positive. Au fond, il ne croit pas en une identité immuable. C’est un sujet peu abordé en philosophie, et pourtant Marc-Aurèle est plus proche d’une conception fluctuante de l’identité que de la solidité du cogito cartésien. La seule chose immuable, c’est cette substance du Tout « docile et plastique » qui est à la fois la loi de transformation du monde et celle de l’âme humaine, ce que Marc-Aurèle appelle son principe directeur ou son génie, cette identité à la fois souple et éternelle.

Plonger dans les pensées de Marc Aurèle, c’est rencontrer un maître 

Un maître dont on sent le souffle à chaque page, et je vous promets que ce maître vous révélera exactement ce dont vous avez besoin.

Que ce jour 25 vous apporte des pensées plastiques, mais pas trop dociles quand même.

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