Isabelle Sorente propose une lecture rituelle de l'actualité... et nous parle de sacrifices humains. Vous pensez aux Aztèques ? Ouis mais Isabelle nous parle des hécatombes qui se déroulent aujourd'hui autour de nous - et que nous ne voyons même plus. Et elle nous explique pourquoi.

Les sacrifices humains c'est très vieux, aussi vieux que la peur de l'inconnu, donc très vieux. Aussi vieux que de négocier avec des forces qui nous dépassent en faisant couler le sang.

Évidemment, on pense d'abord aux Aztèques. Mais il faut les comprendre, ils vivaient dans une permanente angoisse cosmique : ils croyaient que quatre soleils les avaient précédés et les avaient éteints. Ils vivaient donc sous le cinquième soleil - qui menaçait de s'éteindre aussi. C'est très angoissant.

Du sang pour conjurer l'angoisse

Il arrivait que les Aztèques sacrifient plusieurs centaines de personnes en une seule journée. En général le grand prêtre leur arrachait le cœur mais l’auto sacrifice était aussi pratiqué : verser son sang pour le soleil était considéré comme un honneur. 

Ne soyons pas racistes : on trouve aussi des sacrifices humains dans les pays nordiques jusqu'au début du Moyen-Âge, ou encore au Japon jusqu'au XVIe siècle (le hitobashira, enterrer des gens vivants sous un bâtiment pour que les dieux du vent et du tonnerre ne le démolissent pas).

Une pratique lointaine aujourd'hui ?

Nous avons aujourd'hui du sacrifice humain la même perception que les anciens Grecs : pour eux, c'était quelque chose qui appartenait à un passé légendaire, ou alors quelque chose d'affreux que seuls les Barbares pouvaient encore pratiquer.

Un peu comme les sacrifices d'albinos en Afrique, quelque chose qui ne nous concernent pas du tout, nous les descendants des Grecs.

Sauf que. N'oublions pas que le point de départ du sacrifice humain, c'est la peur des éléments. Or avec le réchauffement climatique, nous vivons une période d'angoisse cosmique, impossible à renier. Un psy nous dirait que ceux qui nient l'angoisse sont en réalité ceux qu'elle tourment le plus. 

Le démon de l'angoisse cosmique fait très bon ménage avec le racisme et la haine des pauvres 

Sans qu'aucun ministère du hasard et du sacrifice humain n'ait été créé nulle part, voilà que 600 hommes et femmes ont été noyés en quatre ans dans la Méditerranée - soit l'équivalent de six hécatombes. 

Voilà qu'un salarié par jour se suicide dans les entreprises à cause du travail - soit trois hécatombes par an. 

Mais nous sommes si persuadés d'être rationnels que nous préférons parler de dégâts collatéraux plutôt que d'admettre que nous offrons des hécatombes à des dieux si efficaces que nous ne savons pas que nous les prions. Des dieux nommés rationalisme, rentabilité et communication

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    2018

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