Pour l'industrie du disque, la série a été longtemps vue comme un bon filon à l’époque du 45-Tours et du mange-disque triomphant. Alors deux jours avant la fête de la musique, Faim de séries fait tourner la platine et déguste les séries du début jusqu'à la fin, génériques chantés compris !

David Soul et Paul Michael Glaser dans la série TV "Starsky et Hutch" en 1977
David Soul et Paul Michael Glaser dans la série TV "Starsky et Hutch" en 1977 © Getty / Fotos International

Un bon générique de série c'est important, c'est comme une belle couverture de livre, une typo élégante et un visuel engageant qui donne envie de se plonger dans le récit. 

Et à une époque pas si lointaine, un bon générique de séries engageant et élégant c'était souvent : le sourire et le brushing d'une actrice, la moustache et l'air malicieux d'un acteur. Et aussi Danièle Evenou qui dansait par ci, par là dans les rues de Paris dans le générique de Marie Pervenche !

Chanter un générique, c'était pendant longtemps un véritable genre en France

Souvenez-vous, pendant que Sébastien trouvait que Belle, était si Belle, qu'en la voyant ... "On s'est aimé" Johnny célébrait Les Chevaliers du ciel "heureux de leur sort" et d'autres Les Brigades du Tigre de M'sieur Clémenceau ou encore M'dame Maguy qui voyait souvent rouge. 

Une telle tradition que les comédiens et comédiennes donnaient de la voix et chantaient aussi leurs personnages et il n'y a pas eu que Danièle Evenou mais aussi  Véronique Jannot dans Pause Café, Sady Rebot, le Papa Poule, etc. 

Un bon générique vintage c’était donc souvent une chanson et un air que l’on sifflote encore à la moindre évocation d’un souvenir cathodique ! 

Si dans un premier temps, les génériques étaient purement informatifs, une voix off qui rappelait le concept de la série sur une musique identifiable, très vite, le montage de scènes clefs a pris le relais avec des arrêts sur image cultes : ici, un personnage au sourire plus ou moins machiavélique, face caméra, ou là, deux flics en pleine action; le bond platine et le brun frisé, "Starring David Soul and Paul Michael Glaser in Starsky & Hutch, les nouveaux justiciers aux grands cœurs mais qui n’ont jamais peur de rien" ! 

Les flics un peu rêveurs et rieurs qui gagnent toujours à la fin sautaient ou glissaient sur le capot de leur voiture sur une chanson en français dont on se souvient encore des paroles alors qu’aux États-Unis, le générique n’était qu’un air urbain des 70's.  

Mais pourquoi en France a-t-on changé la musique d'origine pour une chanson ? 

Pour faire chanter dans les cours d'école et surtout pour que l'on achète un 45 tours ! 

Fin 70, la télé multiplie les programmes et l’industrie du disque y voit un intérêt économique évident pour toucher les plus jeunes, un générique c’est comme un clip qui passe gratuitement tous les jours à la télé…  

Ajoutez à ça, le fait qu’une chanson en VF c’est autant de droits d’auteurs pour des artistes français, des diffuseurs et des producteurs spécialisés dans le genre tels que Haïm Saban et Shuky Levy se sont lancés dans l'aventure pour le plus grand plaisir des enfants des années 80.

Après le Prince de l'Espace qui accourt pour nous sauver en 1978 dans Goldorak qui a été un hit, Saban Records s'impose comme l'un des principaux fournisseurs de chanson de séries animées mais aussi de générique de séries américaines de L'Agence tous risques chantée par Noam à Pour l'amour du risque de Jonathan et Jennifer, les justiciers milliardaires, célébraient par Lionel Leroy. 

Pour ces chansons deux options. Pour le public français soit on invente comme pour Starsky & Hutch ou Dallas des chansons 100 % made in France ou alors comme pour L'Homme qui Tombe à Pic ou Arnold & Willy, on garde la musique originale mais on réécrit les paroles en français ...  

Car il faut de tout, c'est vrai, faut de tout, tu sais, faut de tout pour faire un monde ... de séries ! 

Avec le temps, tout s’en va et on chante moins, en France, ça ne se limite plus que  dans les feuilletons quotidiens comme Plus Belle la Vie ou Un si grand soleil.

Plus généralement, aux États-Unis, sur le câble, les génériques sont devenus de purs objets esthétiques soutenus par un thème musical instrumental efficace et puissant (Game Of Thrones ou The Leftovers par exemple) et sur les chaines gratuites, la part des espaces publicitaires a augmenté et les créateurs, afin de garder du temps pour leurs récits, ont fait le choix de se limiter à une simple jingle, rogner sur les génériques et un peu de fait … sur la mémoire épisodique des téléspectateurs.

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