Bruno Donnet est ce matin très en colère contre des pubs, à la radio et à la télé. Les pubs d’une enseigne de grande distribution qui nous enjoint pourtant à « positiver ».

Carrefour qui nous vante les mérites de ces produits à bas prix et bons pour la santé, une pub qui agace Bruno Donnet
Carrefour qui nous vante les mérites de ces produits à bas prix et bons pour la santé, une pub qui agace Bruno Donnet © AFP / LOIC VENANCE

La publicité est un univers qui nous intéresse peu, probablement parce qu’à force d’y être confronté, malgré nous, et d’en être gavé, y compris sur cette antenne, nous avons fini par le banaliser. 

Et pourtant, c’est un objet bigrement singulier, puisque c’est le seul espace… médiatique dans lequel, à condition de payer bien sûr, une marque dispose de 30 secondes pour dire du bien d’elle-même, sans jamais, absolument jamais être challengée ou contredite. C’est drôlement pratique, seulement voilà, est-ce qu’au motif que l’on paye pour vanter ses propres mérites, on peut s’autoriser à dire absolument n’importe quoi ?

Eh bien, au vu de ce qui m’est tombé sous la rétine, cette semaine, je suis en mesure de vous dire que la réponse est malheureusement… oui.

Alors quelle est donc cette publicité qui m’a interloqué ?

« Laissez-moi deviner, c’est une pub pour un supermarché, c’est ça ? »

Oui Monsieur, c’est exactement ça et c’est même, très précisément :

« Pour Carrefour »

Je vous explique comment elle commence : à l’écran on voit toute une petite famille qui est en train de dîner, et la voix off dit… ça :

« Avec votre fourchette et votre couteau, vous avez le pouvoir de mieux manger ».

Voilà, le message est on ne peut plus simple : « si vous achetez des produits Carrefour, vous mangerez de manière plus saine ». Pourquoi ? Parce que Carrefour à prix des zen-gage-ments. Lesquels ?

« Améliorer le bien-être animal. »

Très bien. Et quoi d’autre ?

« Supprimer les pesticides chimiques. »

Voilà, alors c’est à ce moment très précis du spot que mon sang, probablement bourré de glyphosate et d’additifs, n’a fait qu’un tour. Pourquoi ? Eh bien parce que si je suis parfaitement d’accord pour encourager les bonnes volontés et admettre qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, Carrefour s’exprime, ici, comme si les pesticides étaient uniquement une affaire d’agriculteur et surtout, surtout, comme si elle n’était absolument pas concernée par le problème.

Or, vous savez Dorothée que si les agriculteurs emploient des pesticides, c’est pas seulement pour le plaisir de se choper un cancer ou de refiler des malformations à leurs rejetons, c’est avant tout pour augmenter… leurs rendements. Et s’ils ont besoin d’augmenter leurs revenus, c’est parce que les prix que leur verse la grande distribution, dont Carrefour est bien évidement une figure de proue, sont des prix… tout pourris !

Donc, se payer le culot de balayer d’un simple revers de pub un problème de santé publique auquel on a soi-même contribué pendant des lustres me semble être d’un cynisme abyssal. 

Alors vous allez me dire : mais comment savez-vous que Carrefour nous a fait boulotter des pesticides ? Et bien écoutez donc le document sonore sur lequel j’ai mis la main. Ça se passe en 2009, lors d’un conseil d’administration de la marque, un homme prend la parole, il se présente comme ceci :

« Je suis client actionnaire individuel depuis fort longtemps, titulaire d’une carte Pass et je vais tous les vendredis, à midi, au Carrefour de Saint-Brice dans le Val d’Oise. »

Puis il explique ce qui lui est arrivé :

« J’ai acheté dans ce magasin des fraises à 1 euro la barquette de 500 grammes qui viennent d’Espagne : j’ai eu la chiasse ».

Et poursuit même son anecdote :

« J’ai acheté du melon qui vient de Costa Rica, à 1,40, j’ai eu la chiasse. »

Avant de conclure, en dénonçant les responsables de ses problèmes de transit :

« C’est bourré de pesticides, c’est de la vraie merde ! »

Alors voilà, au milieu du spot de pub pour l’hyper-vertueux Carrefour une femme pose la question suivante :

Son 10 : « euh, vous n’en faites pas un peu trop là ? »

Et bien en écoutant cet actionnaire, je crois qu’on peut facilement conclure que même la publicité réclame parfois… un peu de modération. Bonne journée !

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