Bruno Donnet s'est intéressé à la couverture médiatique de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen. Et il a un peu toussé.

Fumée noire cette semaine au-dessus de mon tube cathodique car j’ai trouvé les journalistes particulièrement en forme et spectaculairement gonflés, mardi, le jour, comme dans le 20 heures de France 2, ils ne se sont pas gênés pour poser… cette question :

« L’exécutif a-t-il pris cet événement à sa juste valeur ? »

L’exécutif a-t-il pris l’incendie de Rouen et ses 5 253 tonnes de merdasses chimiques dispersées dans l’atmosphère… à sa juste valeur ? Une question, pas piquée des hannetons, immédiatement rehaussée d’une deuxième :

« Le gouvernement a-t-il raté sa communication ? »

Voilà, alors j’ai trouvé ça… très audacieux car, à titre personnel, je me demande si l’on n’aurait pas mieux fait de se demander si… les journalistes ont vraiment pris la mesure de l’événement et s’il n’ont pas, eux aussi, totalement foiré le traitement qu’ils ont choisi de lui accorder.

Alors pourquoi est-ce que je vous dis ça? Et bien tout simplement parce que dimanche, alors que nous étions quand même 3 jours après l’incendie et que l’inquiétude était immense dans toute la région rouennaise,  j’ai eu la très mauvaise idée de regarder… le 19:45, sur M6. Mauvaise pioche car sur les 20 minutes qu’a duré ce journal, je n’ai pas vu l’ombre d’un reportage consacré à Rouen ! J’en ai bien vu un sur les grandes marées :

« Tout le long de la digue de Saint-Malo aujourd’hui se tenait un défilé de cirés et de bottes en caoutchouc. »

Un sur la fashion-week et sur un salon qui avait l’air épatant :

« Le salon de l’optique à Paris »

Mais rien, strictement rien sur Rouen. Ou plutôt si, une petite brève d’une trentaine de seconde qui mentionnait une déclaration du premier ministre et qui se terminait… comme ceci :

« Les écoles fermées vendredi doivent rouvrir demain, après avoir été nettoyées. »

Voilà, alors toutefois LA vraie raison pour laquelle les fins limiers du JT de dimanche ne sont pas allés à Rouen, c’est pas le salon de l’optique ou les vagues géantes, bien sûr, c’est la disparition… de Chirac qui les a conduit à consacrer quasiment toutes leur force sur ce seul événement et à choisir une ligne éditoriale qu’on pourrait résumer… en musique :

« Votons Jacques Chirac, en avant toute le nation. »

Alors choisir de causer de la mort de Chirac, c’était incontournable et ça méritait, incontestablement, l’ouverture des journaux et un temps d’antenne conséquent. En revanche, je voudrais poser ici… deux questions : 1/ M6 était-elle vraiment obligée, dimanche, alors qu’on nous avait déjà, longuement, tout dit de la dimension du personnage et de l’émotion que sa disparition avait suscitée, d’envoyer un reporter, en Corrèze, plutôt qu’à Rouen, pour rencontrer :

« Loulou, son voisin et son copain de toujours »

Louis Joubert, 93 ans, un ancien boucher totalement caramélisé qui nous en a appris une bien bonne sur son ancien voisin :

« Il pouvait pas rester en place, il allait à droite, il allait à gauche. »

Et qui nous a régalé d’une anecdote… impérissable :

« Un jour, je lui ai donné un bifteck qui était un peu raide. Il n’a pas pu le manger. Il me l’a ramené avec l’assiette ! »

Et 2/ Est-ce que quand on a passé des plombes à donner la parole au boucher de Chirac, à son teinturier, ou à son garagiste, au lieu d’aller poser sa caméra à Rouen pour y montrer l’ampleur de la catastrophe et l’inquiétude de la population, on peut, vraiment, se contenter de concentrer ses critiques sur le gouvernement ?

Je vous laisse méditer sur ce paradoxe… un rien abracadabrantesque. Et j’invite tous ceux qui nous ont copieusement pris pour des poires, cette semaine… à aller manger des pommes… à Rouen.

« Vive la République et vive la France »

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