Dimanche dernier Bruno, vous avez regardé Pascal Canfin qui était l’invité du 13 heures de TF1 et vous en êtes arrivé à la conclusion suivante : dans les J.T, l’espace accordé à l’interview politique, rend impossible le travail des journalistes…

Pascal Canfin vous savez qui c’est, c’est cet ancien député européen, (élu sous étiquette écologiste), qui fut ministre de François Hollande, (dans un gouvernement socialiste) et qui, alors qu’il était il y a encore dix jours directeur général du WWF, a passé son temps à critiquer la politique environnementale d’Emmanuel Macron… mais… qui vient, finalement, d’accepter une place de numéro 2, ou ça ? Sur la liste européenne de La République En Marche ! Bref, vous l’avez compris, Pascal Canfin est un magnifique spécimen de girouette, doublé d’un retourneur de veste à l’agilité saisissante.

Donc, face à pareil oiseau rare, un journaliste n’a pas 36 solutions : il doit lui demander… pourquoi, alors qu’il était vert, puis rose, puis allergique à la marche, il a brusquement décidé de troquer ses ailes contre une paire de godasses.

Anne-Claire Coudray qui présentait le 13 heures de dimanche, l’a parfaitement bien fait et sa toute première question fût donc… la suivante :

« L’été dernier, vous aviez refusé de remplacer Nicolas Hulot au gouvernement, vous avez également refusé quelques mois plus tard de prendre la tête de la liste aux européennes et finalement, aujourd’hui, vous acceptez une deuxième place. Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Le problème, c’est qu’entre le moment où elle lui a dit :

« Bonjour Pascal Canfin »

Et celui où elle lui a dit :

« Merci Pascal Canfin »

Il s’est écoulé seulement 4 minutes et 9 secondes. Pas plus. Pourquoi ? Et bah parce que les interviews politiques c’est chiant et que ça fait fuir le chaland. Alors ? Eh bien alors, ceux qui président aux destinées du JT réduisent ce temps à peau de chagrin et les présentateurs/interviewers deviennent totalement impuissants. 

Jugez plutôt : si elle avait eu un peu plus de 4 minutes et 9 secondes devant elle, Anne-Claire Coudray aurait pu, par exemple, faire entendre à Pascal Canfin ce qu’il disait, lui-même, le 8 septembre dernier au sujet d’Emmanuel Macron :

« Certes, Emmanuel Macron est jeune d’un point de vue générationnel mais je le connais depuis très longtemps (…) et il était pro mines, pro nucléaire, pro gaz de schiste, pro OGM etc… »

On aurait alors bien rigolé en le voyant redevenir vert sous l’effet de ses contradictions.

Si elle avait eu un peu plus de 4 minutes et 9 secondes, Anne-Claire Coudray , qui n’a pourtant pas manqué de faire observer à Pascal Canfin que la soupe à laquelle il avait finalement décidé d’aller, était tout de même drôlement chargée en glyphosate :

« On sait que cette liste elle est très hétéroclite, y’a notamment la présence de l’ancien  président des jeunes agriculteurs qui n’a pas les mêmes positions que vous sur le glyphosate. Comment vous allez composer ? » 

Aurait pu, lorsque Canfin lui a tranquillement répondu, parce qu’il savait qu’elle n’aurait pas le temps de le relancer :

« Alors c’est pas vrai. On s’est déjà beaucoup parlé avec Jérémy, en l’occurrence »

Lui balancer, en l’occurrence, ce que disait, il n’y a même pas 2 mois, le jeune Jérémy… Decerle avec lequel il est désormais allié :

"Sur la sortie du glyphosate (…) pour parler un peu avec des termes d’agriculteurs : faut pas mettre la charrue avant les bœufs "

Seulement voilà, en 4 minutes et 9 secondes, même avec la meilleure volonté du monde, il est strictement impossible de faire ce travail là. Impossible de débusquer les roublards, sauf à ne faire que ça. Voilà pourquoi j’aimerais poser ce matin 2 questions aux grands Mamamouchis des JT : 

1/ Quel sens ont encore ces séquences ? 

Et 2/ Si un journaliste n’a même plus le temps de faire observer à un homme politique qu’il fait aujourd’hui rigoureusement l’inverse de ce qu’il défendait hier, est-on certain que cela nous donne vraiment envie de l’écouter… pendant plus de 4 minutes et 9 secondes ?

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