Toute cette semaine Bruno Donnet a scruté les nombreux rebondissements qui ont émaillé la démission de Gérard Collomb. Et il en conclut ce matin que la gestion du temps médiatique peut être une puissante arme politique…

Cette semaine, le temps médiatique a passé un sale quart d’heure car l’ex-ministre de l’Intérieur s’est allègrement servi de lui pour régler ses comptes avec le Président de la République. 

Alors que s’est-il passé… précisément ?

Eh bien d’abord, c’était lundi, Gérard Collomb a décidé de remettre sa démission. On l’a appris par le biais d’une dépêche, seulement voilà, Macron a refusé de l’accepter, au motif que c’était lui le patron et que par conséquent c’était à lui, aussi, de maîtriser le timing. 

Seulement voilà, mardi, Collomb, pas disposé à s’en laisser compter, a décidé de tordre le bras de Macron en accordant une interview au Figaro pour re-dire que… si si, il exigeait de démissionner. 

Alors en faisant ce geste médiatique, sans précédent, il reprenait déjà très méchamment la main. Mais, pour bien enfoncer le clou, il a, en plus, utilisé une énorme perfidie. Laquelle ? Et bien figurez-vous qu’il a donné son interview au Figaro en tout début d’après-midi, parce que cet après-midi-là, il y avait séance de questions à l’Assemblée Nationale. Et alors ? Et bien au moment où ils étaient réunis dans l’hémicycle, les députés ont tous reçu, sur leur smartphone, un petit push du Figaro qui leur annonçait la re-démission de Gérard Collomb. 

Du coup, ni une ni deux, le député républicain Pierre Cordier a changé la question qu’il avait prévu de poser au premier ministre et il lui a balancé ça… sous les yeux des caméras :

« Je voudrais Monsieur le Premier Ministre que vous nous informiez des informations qui sont en votre possession concernant Gérard Collomb et son avenir au sein de ce gouvernement ! »

Pas préparé, Edouard Philippe qui découvrait la nouvelle… En même temps que tout le monde, s’est donc retrouvé totalement interdit et a tout juste réussi à bredouiller :

« Il ne m’appartient pas de commenter telle ou telle dépêche. »

Profondément vexé, mercredi, jour de la passation de pouvoir, Edouard Philippe a donc voulu prendre sa revanche. Et quelle arme a-t-il utilisé…? Le temps, lui aussi, voilà pourquoi il a fait poireauter Collomb 20 longues minutes sur le perron de son ministère, afin que les chaînes info diffusent, en direct, les images d’un type tout penaud et que les commentateurs s’en délectent. Alors ça a parfaitement bien fonctionné, merci. Ecoutez, par exemple, ce que Jean-Pierre Elkabbach a dit, hier, à Gérard Colomb : « Mais vous avez été humilié ou il a voulu vous humilier »

Seulement voilà, le très habile Collomb a immédiatement repris le contrôle de la situation. Car à peine arrivé à Lyon, il a de nouveau utilisé le temps le temps qu’il faisait cette fois, pour régaler les journalistes d’une petite métaphore dont l’ironie n’aura échappé à personne :

« Regardez le ciel ici, il est magnifique. Il faisait gris à Paris, et là, tout d’un coup, il fait bleu. »

Et puis ? Et puis, pour tirer un maximum de profit de ce fameux « temps médiatique », c’est-à-dire pour utiliser, au mieux, une séquence dont il savait parfaitement qu’elle ne durerait pas, Gérard Collomb a littéralement envahi, saturé les médias, jouissant de son quart d’heure warholien jusqu’à la lie, allant jusqu’à répondre à des journalistes de LCI alors qu’il se trouvait encore au maquillage dans les loges de France 3 ! Séquence totalement surréaliste, au cours de laquelle il a trouvé le moyen de raconter une anecdote en guise de coup de pied de l’âne :

« Dans l’avalanche de SMS que j’ai pu recevoir, il y en a un que je n’ai pas vu du Président de la République. »

Une anecdote qu’il a pris grand soin de poursuivre en expliquant qu’il n’avait pas encore trouvé le temps de répondre au Président de la République. 

Alors voilà, en pleine campagne présidentielle, le jeune Macron nous avait beaucoup amusés en déclarant, la main posée sur la trotteuse :

« Il est parfois bon de savoir être le maître des horloges. »

Et bien manque de bol pour le maître autoproclamé, cette semaine, Gérard Collomb lui a planté la grande aiguille, droit dans le dos.

Légende du visuel principal:
Gérard Collomb © AFP / Joël Saget
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.