Mardi soir, Bruno a regardé l’interview de l’ancien ministre de l’écologie dans "C à vous".

John Austin, je ne sais pas si vous le connaissez, c’est un philosophe anglais, grand spécialiste du langage, qui s’est rendu célèbre en mettant en évidence un concept épatant qu’il a baptisé « la parole performative ». Qu’est-ce que c’est ? Eh bien c’est tout simplement le fait d’utiliser les mots pour produire une action. Ou si vous préférez, ça désigne le moment où dire, c’est faire. 

En d’autres termes, John Austin est celui qui a mis en évidence que, dans certaines circonstances, le simple fait de dire quelque chose, pouvait suffire à produire l’action que l’on venait d’énoncer. Et pour se faire encore mieux comprendre, Austin prenait régulièrement l’exemple du mariage et de cet instant, où, en prononçant la simple phrase : « je vous déclare mari et femme », le maire fait immédiatement changer le statut de ceux qui, une seconde plus tôt, n’étaient encore que fiancés.

Alors vous allez me dire : quel rapport avec François de Rugy ?

Eh bien le rapport est simple : depuis le début de l’affaire dans laquelle il est empêtré, à chaque fois que l’ancien président de l’Assemblée nationale vient s’expliquer à la télé, il utilise la parole comme si elle allait être performative. 

Il a commencé à le faire le 12 juillet, sur BFM TV, en déclarant très solennellement :

« Les dîners à l’assemblée nationale étaient des dîners professionnels »

Pensant qu’il suffirait de le dire pour que cela devienne un fait. Et que le public oublierait que les journalistes de Mediapart ont révélé que parmi ses fameux dîners, figurait, notamment, un p’tit souper de Saint Valentin pas professionnel pour deux ronds mais à 2000 euros du bout.

Il a ensuite réitéré, le 23 juillet, juste après la publication du rapport du secrétaire général de l’Assemblée nationale, c’était au 20 heures de France 2, où il a débuté son interview par ces mots :

« Je me présente devant vous ce soir en homme blanchi. Blanchi de toutes les accusations qui ont été portées contre moi ».

Croyant qu’il suffirait de l’affirmer pour que cela devienne vrai et que nous oubliions que le rapporteur a tout de même noirci un document dans lequel il lui reproche : l’organisation de 3 dîners privés à 6000 euros, la construction d’un dressing à 15 400 € et le paiement de ses cotisations à Europe Ecologie Les Verts avec ses frais de mandat de députés, comprenez donc que tout ça a bien été financé aux frais du contribuable. 

Enfin, et parce que De Rugy y est allé crescendo, ce mardi, sur France 5, il tapé comme un sourd sur Mediapart, affirmant tout d’abord que :

« Les méthodes de Mediapart, ne sont pas des méthodes de journalistes »

Bah voyons. Et poursuivant en glissant un petit distinguo, hautement méprisant, entre lui, le député, et eux, les journalistes :

« Moi j’ai été élu député. J’ai été élu ! La différence voyez, c’est que moi j’ai été élu. J’ai pas été embauché pour faire des articles et payé sans jamais rendre de compte ».

Comme si le fait d’être élu dispensait de rendre des comptes. Et comme si les journalistes n’étaient pas soumis à la loi de 1881 qui encadre scrupuleusement l’insulte et la diffamation.

Alors pourquoi est-ce que je vous dit que François De Rugy a très mal lu John Austin et qu’est-ce qui fait qu’en dépit de tous ses efforts, sa parole n’est strictement jamais performative ? 

Tout simplement parce que Rugy a oublié un p’tit détail. Dans ses recherches, Austin a précisé une chose extrêmement importante : pour qu’un discours devienne performatif, il faut que celui qui le prononce respecte ce que le philosophe appelle « des conditions de félicité ». C’est-à-dire qu’il faut que le locuteur ait une légitimité. Dans l’exemple du mariage, vous n’êtes mariés que si c’est le maire qui parle, si c’est un boulanger, ou un journaliste, vous restez fiancés. 

Or, depuis que François De Rugy a pour principal fait d’arme politique d’avoir renié sa propre parole, son engagement à soutenir le candidat vainqueur des primaires de la gauche, il n’a plus la moindre crédibilité, au moins en termes de parole. 

Eh oui, même en matière de rhétorique, on ne peut pas se féliciter soi-même. C’est moche, mais c’est comme ça !

  • Légende du visuel principal: François de Rugy © AFP / Alain Jocard
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