Toute cette semaine, Bruno Donnet a observé comment les médias ont recueilli la parole des Gilets Jaunes. Et a relevé ce curieux paradoxe : les médias ont cherché des portes-paroles à un mouvement qui n'en veut pas.

Ce paradoxe, c’est le suivant : toutes les chaînes de télévision n’ont cessé de réclamer des emblèmes, des têtes d’affiche, bref des icônes, à un mouvement qui refuse pourtant catégoriquement … de se doter de représentant ! Ainsi, sur absolument tous les plateaux, les journalistes ont passé leur temps à présenter les membres des gilets jaunes, en ces termes : « Eric Drouet, LE porte-parole des gilets jaunes. ». Alors que les soit disant porte-parole, leur précisaient systématiquement… ceci : « Je ne me considère pas comme porte-parole, j’ai du mal avec ce mot là ».

Alors, est-ce que la télévision a tort lorsqu’elle réclame l’émergence d’un leader ? Et bien… ça dépend. Oui, si l’on considère que les gilets jaunes ont largement répétés qu’ils n’en voulaient pas. Mais non, si l’on admet que par souci de justesse et de transparence, il faut que le public sache, précisément, d’où parlent ceux qui nous causent et ce qu’ils représentent au juste. Cette semaine, par exemple, on a eu droit à un énorme ratage : figurez-vous qu’un certain Jean-François Barnada, intervenant en sa qualité de gilet jaune de l’Indre, (tu parles d’un CV), est apparu sur absolument toutes les chaînes, y compris sur France Inter, pour dénoncer les conditions de vie difficiles des français… « modestes » qui « travaillent dur et qui peinent à joindre les deux bouts ». Ok. Seulement voilà, qu’a-t-on appris, hier, dans un papier de L’Obs, qui est le seul média à s’être demandé qui était réellement ce personnage ? Et bien que ledit Jean-François Barnada est en fait un fonctionnaire territorial qui ne travaille plus depuis dix ans, mais qui continue de percevoir un salaire net de 2 600 euros par mois… Dans le genre travailler dur pour gagner des clopinettes… on a vu pire !

Mais l’autre grande question que soulève ce paradoxe, c’est : pourquoi les gilets jaunes refusent-ils aussi farouchement de se choisir un leader ? La réponse, c’est parce qu’ils associent ce procédé au fait de faire… de la politique. Invité de la soirée spéciale organisée mardi, par France 3, Benoit Julou l’a dit de manière on ne peut plus claire à Carole Gaessler : « il n’y aura pas de politique chez les gilets jaunes ! ». Et pourquoi les gilets jaunes disent-ils qu’ils ne veulent surtout pas faire de politique ? Et bien c’est un autre intervenant de la soirée de France 3 qui a apporté la réponse, en déclarant sèchement à Marlène Schiappa : "_On s’en fout de ce que vous dites, de vos échange_s"

Voilà, alors est-ce qu’on est sûr qu’on se fout de la politique et que les gilets jaunes n’en font pas ? Bien sûr que non. Leur action est infiniment politique et ils en ont probablement fait bien davantage en trois semaines que certains élus … en cinq ans ! Seulement voilà, l’image qui nous est si régulièrement renvoyée de la politique, celle que charrie la télévision, est une image très négative qui a fini par éloigner les responsables des citoyens. Car oui Sonia, la télévision qui est pourtant LE média de masse par excellence, produit des séquences qui écartent systématiquement les élus… de la masse. Partout, les politiques sont invités, en majesté, ils sont seuls, ou au mieux entre eux et glosent à grandes longueurs d’antennes. Pourquoi ne sont-ils quasiment jamais invités à débattre avec des citoyens … ? Mystère. Pourquoi la télévision montre-t-elle si rarement le difficile travail de nos élus … sur le terrain ? Boule de gomme. Enfin pourquoi n’y a-t-il pas de reportage façon « vis ma vie » montrant des députés dans leur circonscription ? Je ne sais pas, mais au moment où les paroles des gilets jaunes illustrent, à ce point, leur total dégoût pour la politique, il y a peut-être, pour la télévision, matière à se demander si l’image qu’elle nous en offre est tout à fait la bonne. 

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