Bruno Donnet s'est intéressé à un exercice très délicat, auquel la télévision sert de plus en plus régulièrement de vitrine : la communication de crise. Notamment la conférence de presse qui sait produire une incroyable illusion d’optique et permettant toutes les audace.

Ça n’a pas pu vous échapper, quasiment plus une semaine ne se passe, sans qu’un type empêtré dans une affaire plus ou moins dégueulasse, vienne la ramener, à la télé, alors que, dans sa situation, 99% de l’humanité aurait probablement choisi de se faire tout petit. 

Ainsi, et pour ne citer que des événements extrêmement récents, vous vous souvenez immanquablement : 

  • Des larmes de Luc Besson, venu sur BFM TV, exposer son grand bleu à l’âme au moment où on l’accuse de viol ; 
  • Du très Ulysse François Fillon, tentant de nous convaincre dans l’émission politique de France 2, qu’il est fictif d’imaginer qu’il aurait pu taper dans la caisse pour financer l’Odyssée parlementaire de sa Pénélope ; 
  • Ou encore de Carlos Ghosn, Le Petit Prince de l’évasion fiscale, convoquant la presse du monde entier, pour lui dessiner un joli mouton à cinq pattes et la persuader que si lui a fait des trous dans la caisse, c’est uniquement pour pouvoir respirer entre le Japon et le Liban.

Bref, vous avez vu tout ça parce que la télévision a largement donné écho à toutes ces entreprises de réhabilitation médiatique

Le cas de la conférence de presse 

Toutefois, en matière de communication de crise, il existe différents genres, mais, celui qui fait florès ces temps-ci, et sur lequel j’ai eu envie de m’arrêter ce matin, c’est la conférence de presse. Pourquoi ? Eh bien parce que c’est un merveilleux exercice qui produit une incroyable illusion d’optique - on va y revenir - et qui permet toutes les audaces. Pour s’en convaincre, il suffisait de suivre cette semaine les deux nouveaux avatars que la télévision nous a proposé.  

Le premier, mettait en scène Gilles Legendre, patron des députés En Marche, qui s’est très tranquillement autorisé, en conférence de presse, un énorme bobard sur le rejet de la fameuse proposition de loi qui visait à faire passer le nombre de jours de congé pour deuil, en cas de perte d’un enfant, de 5 à 12 jours :

Ce que nous n’avions pas anticipé (…) c’est le fait que on ne retiendrait de ce texte (…) que la question des jours de congé

Un magnifique mensonge, uniquement permis par la conférence de presse qui, certes, autorise les journalistes à poser des questions, mais malheureusement pas à relancer !

Et le second ? Eh bien c’est évidemment  l’épisode que nous a offert le très artistique président de la fédération de patinage, Didier Gailhaguet, qui nous aura permis de parfaitement comprendre comment l’illusion d’optique, que j’évoquais il y a un instant, se produit. 

Elle opère, grâce à un incroyable contraste. Celui entre le nombre de journalistes présents, une sorte de meute, inquiétante et forcément dangereuse, et un homme, seul. Seul contre tous, qui utilise cette opposition pour mettre en scène son prétendu courage. Seulement voilà, cette image n’est qu’illusion parce que c’est bien celui qui parle, qui orchestre la mise en scène, qui impose son rythme et qui peut ainsi accéder aux chaines info et y causer, comme Carlos Ghosn, pendant des plombes, sans jamais être interrompu, ni challengé, parce que le cadre ne le permet pas. C’est donc ainsi que, mercredi, Didier Gailhaguet, auquel on reproche rien de moins que d’avoir fermé les yeux sur des affaires de viol, a pu sans jamais avoir le moindre mot doux pour les victimes, employer un argument aussi dégueulasse que pathétique :

Madame la ministre ne m’a pas entendu, drapée dans des certitudes d’une ministre moralisatrice

Et retourner la morale, sans le respect de laquelle n’est possible dans une société civilisée, contre celle qui l’évoque pour lui demander de partir. Avant de conclure par un splendide :

Une fédération sportive, ce n’est pas la police, ce n’est pas la justice

Alors voilà, ces conférences de presse se transforment de plus en plus régulièrement en entreprises difficilement soutenables de réhabilitation de personnages qui, pris avec le doigt du mépris dans le pot de confiture de la morale la plus élémentaire nous répondent : « c’est pas mon doigt qu’est dégueulasse, c’est la façon dont vous le regardez ». Et la question que je pose, est la suivante, est-on bien sûr qu’il est de première nécessité, pour nous autres journalistes, d’aller se précipiter pour accorder de longues minutes d’antenne à ces personnages-là ?

  • Légende du visuel principal: Didier Gailhaguet, président de la Fédération française des sports de glace, lors de la conférence de presse au siège de la Fédération française des sports de glace, Paris, 5 février 2020 © AFP / FRANCK FIFE
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