Hier, Jean-Luc Mélenchon a qualifié "L'Obs" de "poubelle macroniste". Une nouvelle charge contre la presse, qui a suscité encore une fois très peu de réactions. Selon Bruno Donnet, c’est à cause d’une grande peur journalistique : la répétition…

Mardi il avait qualifié, sur son blog, le site _Médiapart  _de « chien de garde zélé de la Macronie ». 

Hier Bruno, Jean-Luc Mélenchon a traité dans un tweet le magazine L’Obs de « poubelle macroniste ».

Tweet de Jean-Luc Mélenchon (capture d'écran du compte @JLMelenchon le 8 février à 10h44)
Tweet de Jean-Luc Mélenchon (capture d'écran du compte @JLMelenchon le 8 février à 10h44)

Jean-Luc Mélenchon utilise, contre les médias, une arme absolument diabolique : la redite

Elle est diabolique parce que si lui passe son temps à se répéter (« C’est vous les médias qui faites un travail de merde »), à insulter les journalistes (« Moi je te parle de média et de ton métier pourri »), et à affirmer qu’ils sont tous des laquais du pouvoir (« Vous êtes le système. Le système c’est vous »). 

Les journalistes, qui furent pourtant si prompts à dénoncer ses premiers dérapages, hésitent désormais à relayer ses attaques, précisément parce qu’elles sont devenues incessantes, et pour ne pas sombrer… dans la redite ! Car la redondance, (et Jean-Luc Mélenchon qui fût un temps journaliste à La Dépêche du Jura le sait parfaitement), c’est considéré, dans notre métier, comme une grande faiblesse. 

D’abord, parce que nous recherchons tous… la nouveauté, mais aussi par crainte de lasser ceux qui nous lisent ou qui nous écoutent. 

Et puis, et c’est aussi pour ça que le piège est totalement machiavélique : si un média décide de se répéter, de faire un énième papier pour faire remarquer les abjections de Monsieur Mélenchon, et bien il est immédiatement soupçonné d’être de parti pris

Le problème, c’est qu’en ne traitant pas, ou plus, les attaques dégradantes du leader de La France Insoumise, on donne, aussi, l’impression de s’y être habitués et d’avoir accepté… l’inacceptable.

Alors, vous allez me dire : qu’est-ce que Jean-Luc Mélenchon a dit de si grave ? 

Et bien il a comparé la tentative de perquisition qui s’est déroulée lundi, au siège de Médiapart, à celle qui l’a concerné, lui, en octobre dernier. Et, il en a profité pour dire, qu’à l’époque, Médiapart n’avait pas condamné cette action de la justice et c’était donc comporté, je le cite : « en chien de garde zélé des basses besognes de la Macronie ». En d’autres termes, Mélenchon a tenté de nous faire avaler qu’une perquisition, au siège d’un journal, qui n’avait d’autre but que de violer un principe cardinal : le secret des sources, de trouver le nom de celui ou de celle qui a livré l’enregistrement de la conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, était équivalente à une perquisition pour savoir si oui, ou non, un candidat à la présidence de la République s’était mis hors la loi. 

Mais surtout, surtout, au moment où les journalistes se font péter la gueule dans les manifs parce que certains les accusent d’être des suppôts du pouvoir, Jean-Luc Mélenchon est venu, très tranquillement, souffler sur les braises encore chaudes de la démagogie et traiter un site d’information qui, par son travail et ses révélations, met en très grande difficulté le sommet de l’état… de collabo. 

C’est fort. Très fort. 

Trop fort. 

Voilà pourquoi s’étonner que devant une affaire d’état, devant l’arrogance folle d’un Alexandre Benalla soupçonné d’avoir tabassé des manifestants, toisé la commission d’enquête du Sénat, violé son contrôle judiciaire, continué à avoir des échanges avec le Président de la république, rencontré des chefs d’états africains et un oligarque russe pour négocier dieu sait quoi ; s’étonner disais-je qu’un des principaux dirigeants de l’opposition considère que, sur ce dossier, son seul travail c’est d’aller dézinguer ceux qui ont permis à l’affaire de rebondir et de faire trembler le pouvoir, en les traitant de « chien de garde zélé »… 

Ça n’est pas se répéter, mais simplement refuser de voir salis les trottoirs de la démocratie par un dirigeant politique qui prend trop souvent les journalistes… pour des réverbères.

  • Légende du visuel principal: Jean-Luc Mélenchon © AFP / Frédérick Florin
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